Nemausus

Nemausus. 17ème siècle. Après un bal masqué ayant mal tourné, la ville perd peu à peu pied... supporterez-vous la volonté divine ?
 
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 Mélancolie Nocturne [ Lil' ]

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Hawke Mazbath


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MessageSujet: Mélancolie Nocturne [ Lil' ]   Jeu 3 Juil - 20:13

Fin de journée. Les derniers clients s'effacaient peu à peu. La librairie se vidait, serait bientôt vide. Vide de vie, vide de tout, deserte ... et pleine à la fois. Pleine de tant d'histoires, de romans, de légendes, de bouquins, de grimoires en tout genre, faisant crouler d'enormes étagères aux paliers gondolés. Enormes ou fins, simples entassements de parchemins ou belles reliures en cuir. Pleine d'un sentiment de mélancolie qui semblait encrée dans les murs, enfermée dans toute la pièce, la librairie s'endormait peu à peu. Cette mélancolie, douce et cruelle à la fois, emanait même du jeune homme, assis derrière un massif comptoir de bois. Hawke faisait ses comptes de la journée, distrait et discret, adressant un léger signe de tête à chaque personne qui sortait de sa boutique. Etouffant un long baillement, las de cette journée qui avait semblée ne jamais se finir, le jeune Mazbath commencait à piquer serieusement du nez sur ses parchemins. Pourtant la soirée commencait à peine. Bientôt il faudrait fermer la librairie, ranger, nettoyer, compter encore et toujours. L'effort des jours engendrait à chaque fois un repos mérité mais trop léger, un sommeil court et constemment agité. Peut-être que c'était la periode qui désirait cela après tout. Mais pas seulement. Les sentiments de Hawke n'étaient plus que sombre brouillard, depuis l'instant où il avait gratté le parchemin officiel du rescensement de sa signature. Le rescensement ... Jamais le jeune homme n'aurait pu penser que cette simple action civile le mette dans un état pareil.

Il s'était fait rescencé hier soir. Et depuis la veille, Hawke se sentait mal, nauséeux, pâle et comateux. En se levant ce matin, de manière assez difficile, il avait bien pensé à ne pas ouvrir la librairie, à se laisser aller pour un jour de repos. Mais ses moyens ne le permettaient pas. Il ne roulait pas sur l'or, se contentait du minimum et ne pouvait vivre sans son petit salaire journalier. Le matin semblait bien loin, la soirée se voulait longue, elastique. Le dernier client sortit du magazin en claquant la porte derrière lui. L'horaire de fermeture était passée. Mollement, Hawke se leva, et vint afficher la pancarte "fermé" sur la devanture de sa boutique. Puis il vint s'adosser contre un rare coin de mur vierge et laissa son regard balayer lentement tout ce qu'il y'avait à voir de sa librairie. Pourquoi cet état si lamentable ? Pourquoi cette sensation désagréable en travers de la gorge ? Hawke se posait bien des questions, et sentait son front le brûler douloureusement. Doucement, il ferma les yeux et glissa sa main sous ses mèches rebelles, sentant le sang battre violemment contre ses tempes. Le jeune homme se dit que la soirée allait être vierge de tout rangement. Il nettoierait demain, demain il ne travaillait pas. Et c'était tant mieux. Le repos était tout ce qui pouvait l'interesser en ce moment même. Il n'aspirait plus qu'à se glisser sous les draps, et se laisser bercer par la douce torpeur du sommeil. La fièvre l'avait gagnée, lui qui était rarement malade. Hawke releva doucement la tête. Il semblait étouffer, et ouvrit finalement la porte, histoire de prendre l'air un peu. Hawke sortit donc sur le palier de sa librairie, ereinté et fiévreux, s'attendant à s'evanouir à chaque pas, chaque geste.

La tête lui tournait, le sol tanguait sous ses pieds. Il trouva la force d'avancer sur quelques mêtres, avant de s'ecrouler sur un des bancs qui entouraient la place de Nemausus. Quelques personnes passaient encore, mais le calme de la soirée s'annoncait deja, et rares étaient les personnes encore préssées. Tournait au ralentit cette ville effrayante ... Hawke posa ses coudes sur ses genoux et se prit la tête dans les mains. La fraicheur du soir balaya d'un vif courant glacé ses cheveux, et le contraste avec son crâne bouillonant fit du bien au jeune homme. Mais rien ne semblait apaiser ses pensées soudain si malheureuses. Hawke n'était jamais triste, ou ne le montrait pas. Afficher ses sentiments n'était pas dans ses habitudes et ses états d'esprit étaient souvent masqués par ce sourire fin, toujours le même, qu'il adressait à chaque personne qui entrait dans sa boutique, chaque nouvelle tête qui avait assez d'envie pour venir le saluer. Mais ce soir, Hawke était mal, et n'avait nullement envie de cacher son infinie tristesse, ce sentiment terrible d'enfermement, cette fièvre qui entravait ses esprits et lui rappellait sans cesse qu'il n'était plus qu'un prisonnier dans Nemausus, qu'une âme inutile dans cette ville qu'il aimait tant la veille et qu'il haissait aujourd'hui. Les murs de Nemausus semblaient aujourd'hui n'être plus que des barreaux, une atteinte à la liberté, une frontière insurmontable. Les batiments étaient insultes, les pavés ironiques, les ruelles étaient plus sombres qu'à l'habitude, même le ciel se voulait pesant et menacant.

Le doux bruissement des fontaines, à l'origine si tendre et reconfortant, était à présent un vrombissement effroyable et assourdissant qui ne fit qu'attiser le mal être du jeune Mazbath. Celui-ci se sentait incommodé, violenté même, par tout ce qu'il avait pu adorer auparavant. Nemausus était son alliée, l'unique présence qui pouvait l'aimer dans sa solitude. Aujourd'hui, elle se voulait ennemie agressive. Hawke laissa une larme minuscule glisser le long de son oeil et perler sur sa joue. Il decolla son visage de ses mains moites, et s'agita un peu, seul sur son banc, seul sur la place. Doucement, il vint plier ses jambes et encercler ses genoux dans ses bras avant de poser son menton dessus. Au travers de ses mèches rebelles, balayées par un vent naissant, Hawke regardait la place de Nemausus, comme un proche regarderait la sepulture d'un vieil ami. La fièvre empirait, mais il ne voulait plus y faire attention. Maintenant, il lui fallait se montrer plus fort que le malheur, plus resistant face aux assauts de cette brusque mélancolie. Mais comment ? Seul, il n'y parviendrait pas. Hawke s'appecut qu'il ne pouvait se fier qu'à lui même, que jamais une main n'était venue se poser sur la sienne dans les moments difficiles. Les épreuves, les terribles nouvelles ... Le jeune Mazbath avait tout enduré, tout seul. Avec la force de son esprit et les ressources de son âme d'habitude imperméable aux evenements dramatiques. Cette force, ces ressources, étaient aujourd'hui toutes anéanties par la fièvre du malheur, le sentiment brûlant de n'être plus qu'un pion sur un echiquier gigantesque, une goutte d'eau dans la mer. Hawke regarda le ciel. Aucune étoile. Aucune Lune. Il n'y avait plus que lui pour s'en rendre compte ... Lui, et une présence qu'il n'avait pas detecté.
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MessageSujet: Re: Mélancolie Nocturne [ Lil' ]   Ven 4 Juil - 12:41

Qu'était ce donc qui l'avait poussé en un tel lieu ? Elle n'en savait rien. L'instinct. Le sentiment que quelqu'un qu'elle connaissait était là. Cette aura qu'elle ressentait à chacun de ses passages sur terre, sans doute. C'était certain même. Il lui semblait qu'il était là, qu'il l'attendait. Celui qu'elle voyait toujours dans ses songes, visage flou, aux contours imprécis qui ne réussissaient à se préciser. Pourquoi n'avait-elle jamais réellement vu son visage ? Elle n'en savait rien. Peut être fallait-il simplement qu'une fois, au moins, elle puisse le voir, afin que ses rêves ne se tournent enfin vers un visage un tant soit peu familier. Tout ce dont elle se souvenait, c'était que ses rêves n'étaient jamais joyeux. Toujours, elle voyait ce jeune homme - bien que rien ne lui prouvait que c'était un homme, elle en avait pourtant l'impression, comme si elle le sentait - sa vie était morne et triste, mélancolique. Lilwenn ne pouvait s'empêcher de remarquer la très nette différence avec la sienne, elle qui avait toujours été joyeuse, et gaie. La jeune demoiselle n'avait jamais été une solitaire. Elle avait l'impression d'être tout l'inverse de celui qu'elle pensait être son protégé. Et en même temps, elle avait l'impression de ne pas assez le connaître pour remarquer la moindre différence ... C'était une étrange sensation, l'impression de le connaître sans le connaître.

L'ange s'était muée en un courant d'air, petit vent frais, agile et rapide, pour se rendre plus vite à destination. Elle s'était arrêtée au coin d'une rue, formant un angle droit avec celle de la librairie. Pourquoi près de ce lieu ? Peut être tout simplement car la présence se faisait plus forte, il devait être tout proche. Mais plus elle le sentait, moins elle allait bien. Elle avait l'impression que quelque chose n'allait pas. Pourtant, elle n'avait rien, elle n'était pas malade. Mais elle ne se sentait pas très bien. Comme si ... Peut être que ... Non, en fait, elle ne savait pas du tout ce qui se passait. Ceci était nouveau pour elle. La première fois qu'elle se sentait aussi mal en approchant d'une personne. Etait-ce parce qu'elle s'approchait - ou du moins elle en avait la sensation - de cette présence qu'elle ressentait si souvent dans Nemausus, où qu'elle soit ? Il était vrai qu'elle ne l'avait jamais ressentit aussi fortement, pour le peu de fois où elle était retournée sur terre depuis sa mort. D'ordinaire, c'était une simple impression, une sensation légère, mais si anodine qu'elle n'y avait réellement prêté attention qu'à son tout premier retour dans la cité.

Alors qu'elle observait la rue quasi déserte, elle vit une silhouette se profiler dans l'embrasure d'une porte. Quelques passants marchèrent devant lui, et l'espace d'un instant, Lilwenn faillit penser que la présence qu'elle ressentait était l'un d'eux, et non pas l'ombre qu'elle apercevait. Un jeune homme sortit au dehors, et alla s'asseoir - non, il s'était plutôt écroulé - sur un banc, à quelques pas d'elle, et de la porte par laquelle il était passé. C'était lui. Il n'y avait aucun doute, elle le sentait. C'était certain. Peut être s'emballait-elle un peu trop vite, mais l'impression était si forte ... Et pourtant, elle ne bougea pas. Que pouvait-elle bien faire ? Elle était comme paralysée. Et maintenant ? Devait-elle aller le voir, se précipiter sur lui ? D'autant plus qu'il venait de se prendre la tête dans les mains. Il n'allait pas bien, il n'y avait pas besoin de le sentir pour le savoir : cela se voyait. Même à quelques mètres de lui, elle pouvait le voir. Elle n'était pas du genre observatrice en temps normal, mais il y avait une chose qu'elle savait reconnaître, c'était lorsque quelqu'un se sentait mal. Mais pour une fois, elle ne savait pas ce qu'elle devait faire. Bien souvent, elle trouvait quoi faire devant la tristesse des autres, même si ses paroles étaient maladroites, ses gestes étaient doux et réconfortants. Et pourtant ... Que faire face à celui qu'elle pensait être son protégé, le jeune homme qu'elle devait protéger contre les esprits ? C'était pourtant un homme comme un autre, mais elle ne le voyait pas ainsi. Elle le voyait comme quelqu'un de particulier, de spécial, car ils étaient censés posséder un certain lien, d'après ce qu'on lui avait appris. Un lien qui pourrait devenir plus fort, ou qui pourrait s'affaiblir avec le temps. Elle devait aller le voir, profiter de cette opportunité. Il le fallait.

Elle ne se décida que lorsqu'elle le vit se recroqueviller sur lui même, ramenant ses genoux sur sa poitrine, et les entourant de ses bras. Sans bouger quelques secondes, surprise de cette position qu'elle prennait parfois, lorsque la solitude et l'absence de son frère lui pesait trop, elle avança ensuite vers lui, silencieusement. Non pas par envie de le surprendre, mais parce que ses pieds nus sur les pavés froids ne résonnaient pas comme l'auraient fait des chaussures. A chaque contact avec le sol, elle frissonait, sans se plaindre. Peu importait. Elle n'eut qu'à faire quelques pas, et elle apparut alors devant le jeune homme. Elle planta son regard émeraude dans les prunelles claires du jeune homme. Un regard doux, et légèrement timide, dévoilant son appréhension. Elle vit alors quelque chose de minuscule qui coulait sur la joue du garçon. Elle ne put alors s'empêcher de l'attrapper délicatement avec son index. Une larme. Le regard de l'ange sembla s'assombrir. Que pouvait-il lui arriver pour qu'une larme lui ait échappé ? Cela lui rappela son frère. Il n'avait que rarement pleuré devant elle, peut être une ou deux fois, mais les raisons étaient graves. Et bien qu'elle ne connaissait pas encore le jeune homme, elle se sentait touchée par sa tristesse. Bien plus que d'ordinaire ...


- Bonsoir, finit-elle par dire.

Elle avait réussit à aller le voir. Mais entre parler de choses et d'autres, et s'assurer qu'il était bien celui qu'elle pensait, il y avait une grande différence. Rien ne pressait. Ou du moins, elle l'espérait. Elle s'assit sur le banc, ajoutant par la suite.


- Vous ne semblez pas aller bien ... Que se passe-t-il ?
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MessageSujet: Re: Mélancolie Nocturne [ Lil' ]   Dim 6 Juil - 17:11

Hawke ne se rendait même pas compte de son état. Il y'a des instants où pleurer vous semble être l'unique échappatoire à votre malheur. Hors vous restez de glace, digne et tranquille. A l'inverse de certains instants de neutralité, où la vie vous semble paisible, elastique et sereine, où les sanglots agitent votre âme sans que vous ne puissiez faire quoi que ce soit pour lutter. Hawke était étonné de ce chagrin qu'il n'avait pas prémédité, qui lui assenait, en cette soirée, de violents coups de desespoir, qui faisait battre ses veines et pleurer son regard. Il ne savait plus quoi faire. Partagé entre le sentiment de malheur et de celui de la surprise, le jeune homme se sentit plus perdu que jamais. Il ne se rendit à l'evidence qu'à l'instant, il ne s'apperçut que ce soir, que sa solitude ne possédait finalement pas que du positif. Que seul, la faiblesse le guettait. Que sans l'aide de quelqu'un, n'importe qui, il avait de gros risques de se perdre. Se perde dans ses doutes, mais aussi et surtout, dans ses chagrins. Pourtant, il avait bien cru pouvoir se débrouiller seul. Le replis sur soi-même n'avait pas semblé être problématique, Hawke n'y voyait que des bons côtés. Seulement voila, il s'était pris à son propre jeu, il était aujourd'hui piégé, croulant sous le doûte d'un avenir reluisant. Ou d'un avenir tout court. En effet, le sien s'embrumait. Nemausus était tout ce qu'il allait craindre desormais. Plus rien ne pourrait lui faire peur, mis à part cette ville, ces murs, ces rues pavées, qu'il connaissait pourtant si bien. Qu'il avait cru connaître à la perfection. Sa maison était prison, son amie était adversaire, son paradis devenait enfer. Et tout autour de son esprit dansaient les flammes et criait son mal être. Hawke souffrait mais ne s'en rendit même plus compte. Ne plus sentir sa douleur, aussi puissante était-elle, c'etait bien ce qu'il y'avait de plus dangereux. Car la sensation d'inconscience psychique, celle qui empêche tout votre être de réagir, est bien plus terrible que tout le reste. Ne plus rien faire, se laisser glisser dans la pente du hasard et de l'inanité, vous anéantit bien plus rapidement que le malheur. Le malheur se ressent, la douleur vous fait souffrir. Mais l'inconscience vous rend sourd, muet, vous fait vous terrer six pieds sous terre, quand bien même votre âme est encore vivante. Hawke s'approchait lentement et perilleusement de cette phase affreuse et malsaine.

Seul, recroquevillé sur son banc, comme un enfant qui n'aurait plus aucune solution ci ce n'est celle de se replier sur lui même, Hawke attendait. Il attendait quelque chose que son esprit lui dictait sourdement. Il attendait une main, un regard, un geste. Une personne ? Le jeune homme, avec les gestes lents et tremblants d'un malade, replaca une mèche de ses cheveux derrière son oreille, et balaya la place de son regard délavé. Aucune âme qui vive. Même pas la sienne. Pourtant, un sens nouveau et encré en lui depuis peut-être sa venue au monde, sembla se reveiller tout au fond de lui-même, et s'agita doucement, puis de plus en plus nerveusement, au fur et à mesure qu'il parcourait le sinistre décors de ses yeux vides. Il n'y avait pas plus effrayant qu'une rue deserte, une place sans animation, une nuit sans Lune qui planait au dessus des villes. Celle de Nemausus était terrifiante la nuit. Mais Hawke ne l'avait jamais remarqué. Ses vaguabondages nocturnes qui n'interessaient que lui, étaient toujours rythmés par une ivresse sans fin, l'envie de s'envelopper totalement dans ce manteau d'étoiles qu'était l'obscurité. Il n'avait jamais eut peur quand venait le soir, et n'aspirait que fuir au dehors de chez lui quand la Lune pointait ses premiers rayons splastramiques. Mais ce soir, rien ne rechauffait plus son coeur que cette minuscule etincelle d'espoir qui venait de s'eveiller dans son esprit. Hawke tenta veinement de se rassenerer. Il ne put rien faire de mieux que de déplier ses jambes et se masser les bras dans quelques frissons de froid et d'apprehension. Son mal de crâne faisait battre ses tempes et briller son regard. Hawke crut que sa tête allait se fendre en deux. Mais il tint bon, sentant soudain avec soulagement le sentiment d'inconscience disparaître, hurler en lui, comme un prédateur sentant arriver la fin. Son regard, à demi fermé par le poids ereintant de la fatigue et du malheur, parcourait sans relache la place qui s'etendait sous ses pieds. Plus ses yeux bougeaient, plus sa fièvre empirait. Mais Hawke sentait pertinement quelque chose se tramer tout près de lui, quelque part dans une de ces ruelles obscures. Il ne se posait même plus aucune question. Il n'y avait plus rien d'expliquable pour lui. Juste ces quelques sentiments agitants encore sa carcasse fraichement décédée par certains spasmes d'espoir et de curiositée. Mais rien ne bougeait dans la nuit. Pourtant l'etincelle grandissait en lui. Et ses doutes quant à son unique présence étaient maintenant bien présents. Hawke retint son souffle. Son coeur battait plus fort. Et seul le bruit de ses battements resonnants semblaient distincs dans la froideur de Nemausus. Le jeune garçon aurait bien voulu le faire taire pour mieux ecouter cette sensation en lui qui annoncait la venue de quelqu'un ou quelque chose. Non. De quelqu'un plutôt. Il s'agissait d'une personne, Hawke en était sûr. Une personne qu'il ne connaissait peut-être pas mais qui avait toujours été près de lui sans même qu'il ne puisse s'en apercevoir. Le jeune garçon tourna la tête sur le côté, mais un éclair fulgurant lui foudroya le crâne, et un vertige intense faillit le faire tomber du banc. Hawke prit de nouveau son visage dans ses mains. Mais cette fois-ci pour mieux supporter sa fièvre, pas pour pleurer. La sensation d'une présence engendrait en lui toute une série de sensations et d'humeurs vives et préssées. La douleur fit place à la rage, la rage à la fatigue, la fatigue au malheur, le malheur à l'espoir ... Hawke pensait que son esprit était completement détraqué ! Car en effet, quelqu'un approchait. Seulement lui seul pouvait le savoir. Lui seul, et cette personne qui allait bientôt pouvoir se montrer. Comme une boussole que l'on aurait affolée, Hawke sentait son esprit divaguer, s'agiter, hurler puis devenir totalement inanimé.

Il ne se contrôlait plus, et sentait pourtant la présence grandir en lui, s'accelerer, tout comme sur la place de Nemausus. Dans un effort, le jeune homme releva la tête, et chercha de nouveau, avec courage, sans pour autant bouger de son banc. Mais il ne se passa pas longtemps avant que Hawke puisse enfin voir. Un bruissement, un silence, une apparition presque fantômatique. Son regard croisa celui d'une jeune fille. Hawke ne bougeait plus, figé par l'incomprehension, et ce sentiment nouveau qui venait de naître en lui. L'etincelle qui s'était allumée dans son esprit était maintenant flamme rechauffant tous ses espoirs, et brûlant tout son mal. Sa fièvre baissa instentanement, laissant derrière elle un epuisement delicieux que Hawke n'avait jamais espéré connaître. Son regard était planté dans celui de celle qui se tenait devant lui. Plus aucun doute pour brouiller ces pensées. Cette jeune fille n'était pas de ce monde. Mais cette jeune fille était son alter ego contre le desespoir. Un peu comme un cachet d'aspirine avec de long cheveux noirs et un regard vif et petillant ... Hawke était crispé, ne reagissant même pas lorsque la jeune fille s'approcha de lui, et balaya doucement l'une des larmes qui avaient perlées sur sa joue. Son esprit ordonnait un mouvement de fuite, un recul. Mais son corps ne lui appartenait plus. Une aura lumineuse semblait faire briller chaque parcelle de son être, et Hawke ressentit la rage de la noirceur face à cette vision si fraiche et reconfortante qu'était la jeune adolescente. Une voix claire brisa doucement le silence et sembla de nouveau animer l'esprit du jeune homme. Celui-ci, baissant les yeux, sentit la présence de l'adolescente qui s'était assise près de lui. Il avait honte tout à coup. Honte d'avoir montré son désarroi pour première impression. Honte de ne pas avoir sut cacher ces sentiments face à une personne aussi particulière. Sa timidité revint au grand galop, sa fièvre s'était dissoute. Hawke tenta de redevenir lui même, à default de n'avoir plus été que son ombre un instant auparavant. Il tourna la tête vers la jeune fille, à côté de lui. Elle était d'un àge inferieur au sien, pourtant sa sagesse et sa vivacité prouvaient très certainement une force et une maturité que beaucoup n'atteindront jamais. Hawke y comprit, peut être. Celui-ci sentit ses joues s'embraser. Ses veritables lignes de caractère se retracaient progressivement en lui, comme un parfait quadrillage. Hawke ne savait que répondre à l'interrogation de son irréelle interlocutrice. Il avait tant envie de lui parler, lui qui tremblait face à n'importe qui. Il avait envie de lui poser des tonnes de questions. De la regarder aussi, tout simplement. Mais sa timidité, son hesitation l'en empêchaient. Aussi, Hawke laissa un court silence filer dans l'atmosphère, le regard dans le vide. Au final, sans oser regarder la jeune fille, il répondit d'une voix lasse et neutre.

- Un simple mal de tête ... Rien de bien important, je crois.

Bien entendu, tout son esprit pronait le contraire. Mais face à la jeune adolescente, Hawke se sentait plus paisible, sa réponse était reflechie et donc vraie. Plus une ombre dans sa tête, il était mieux, il était même très bien. Mais un tourbillon d'interrogations balayait tout le reste dans sa tête, et certaines lui brulêrent les lèvres. Peut-être était-il impoli de s'adresser à une jeune fille de manière insistante, de poser les questions avant même d'avoir mis en place le rituel de la présentation. Hawke esquissa un sourire rassurant, histoire de mettre un therme à ce mal être qui l'avait fait souffrir une minute avant. Puis il ajouta d'une voix plus claire, mais toujours aussi poltrone.

- Je ... Mon nom est Hawke. Hawke Mazbath. Je vis à Nemausus et ... enfin j'imagine que vous aussi.

Hawke avait prononcé son nom, mais quelque chose en lui dictait que la jeune fille le savait deja. Tout comme son appartenance à la ville de Nemausus. Le jeune homme masquait chacune de ses curiosités à la perfection, s'appliquait à ne pas laisser son regard trop brûler de questionnements. Pourtant il désirait savoir comment s'appellait cette jeune fille assise à ses côtés et qui lui parlait d'une voix si sereine. Pourtant, Hawke sentit que, en sens inverse, ses questions à lui étaient aussi inutiles. Qu'elles ne servaient à rien, puisqu'il savait deja tout depuis le début. Qu'il avait toujours pressentit cet instant ...
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