Nemausus

Nemausus. 17ème siècle. Après un bal masqué ayant mal tourné, la ville perd peu à peu pied... supporterez-vous la volonté divine ?
 
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 Ca brille de ce carrelage poussiéreux. (Libre)

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MessageSujet: Ca brille de ce carrelage poussiéreux. (Libre)   Dim 5 Oct - 1:20



Il n’avait pas le droit de les prendre..
Ma peau , mon visage, mes sourires : mon âme. J’avais encore des choses à faire , mais maintenant..comment savoir ? Je voudrais le faire souffrir comme il m’a délaissé dans l’entre-tombe. J’ai cette haine , incorruptiblement ravageuse, qui voudrait l’attaquer et le dévorer tout entier. Moi , son enfant, je veux le tuer.
Mais comment ? Comment faire disparaître Dieu ? Impossible. Je sais , je le sais ! Mais pourtant , je rêve parfois qu’il n’existe plus et ; quitte à faire tomber le monde en mille morceaux, de millions de poussières. Si aucun ange , esprit , ou humain n’existe plus ; si moi-même j’oubliais tout de mon existence..je crois que enfin , je trouverais la paix avec moi-même.

Je le hais. Car voilà ce que je me suis obligée à devenir. Un monstre, une âme en peine qui se nourrit de la peur et qui éteint les autres d’une lueur pour raviver la sienne..sur un fil qui se balance entre désespoir et envie. Je le hais, de tout mon être et de chaque particule de mon corps insipide.
Je me hais. Mais ai-je le choix ? Je marche ou plutôt je tangue sur un navire qui n’a plus de capitaine, et ma démarche encore plus légère caresse la poussière qui encombre dorénavant le sol.

Quand mon sang avait peint les dalles, tout brillait auparavant. Je me reflétais sûrement face à la lumière des flamme : des projecteurs hors paire qui éclairaient ma mort et mon agonie...Je ne me souviens plus très bien. Honte à celui qui avait dit que la mort était la scène gravée à tout jamais ; la mienne m’échappe. Pareille à une volute de fumée qui descendrait vers le sol pour oublier qu’il faut monter, comme toute fumée normalement allumée , je n’arrive pas à l’attraper. Je referme mes mains mais coupe la trace en deux et tout se sépare , pour me faire tourner la tête dans tous les sens.

Mais arrêtons de haïr. J’ai mérité ce qu’il m’arrive puisque j’ai voulu le défier. Lui , l’ordure qui est à l’origine de ma présence et de mes actes..Arrêtons, je dois oublier et braquer mon regard sur ma démarche, ma visite dans cette pièce. Mon corps se galbe légèrement, comme atteint d’un mal inconnu. Mais je l’ignore et continue , car je suis de retour…
Je reviens… Je touche le bois. Je ressens les rires et les cris , je suis de nouveau là ; mais ma présence n’est plus. Les souvenirs sont si étranges, surtout lorsqu’on observe tout sans se rappeler de rien.
Où sont passés les enfants et les vieux ? Et les rires placides, les fausses manières ? Faut-il que je me mette en tête toutes les mimiques des invités pour me représenter une scène ? ...Non...

..Je ne peux pas me rappeler. Je crois. Ou alors je n’essaye pas. Sentir cette douleur dans mon souffle et mieux me remémorer la souffrance ? Par pitié laissez-moi trouver ça complètement désopilant. J’arbore le triste visage et il n’y a plus de masque...Je crois, d’ailleurs , qu’il n’y en a jamais eu. Que je n’ai pas eu le temps de le mettre et que je me retrouve au même endroit. C’est à droite de la porte, à trois ou quatre pas répercutés, que j’ai brûlé.

J’étire ma bouche en un sourire cynique. Un rictus de mépris pour ma situation précédente. Si j’avais su que je viendrais ici à nouveau, mais plus morte que vivante, et avec ce goût âcre qui me donne la nausée ; je me saurais cru folle.
Ma respiration siffle et j’essaye d’oublier le souffle court d’une mise en scène. Pourtant c’est difficile. Mes mains tremblent et je me retiens au cadran d’un tableau affalé au sol , comme laissé là en œuvre d’art échouée… Combien de temps, n’ai-je pas tué d’humain ? Les heures, les secondes et les journées sont flous pour moi , maintenant. Depuis longtemps , c’est une évidence. Une évidence car mon corps d’illusion ne tient plus en place , que je tousse en espérant cracher quelque chose bloqué dans ma poitrine.
Horreur. Je me laisse facilement happée par la mort magnifique. Par cette respiration qui se finit pour me rendre plus forte. A la manière d’un papillon qui s’envole, l’âme est plus noble encore..Permission de subsister. Je me redresse. Respire plus lentement, en tous les cas essaye.

Mais je n’y arrive pas et je commence à angoisser. Expirer, bon sang, expire et reste calme. Ne me fais le coup de la mort précoce, je l’ai déjà vécu une première fois. Je porte ma main à mon torse et ferme les yeux. Là..voilà, les abysses, tout va mieux. Inspire…comme ça… Mon plexus se vide d’angoisse , souffle sifflant..vais-je mieux ? Si dur de le savoir puisque l’esprit ne s’ausculter pas. Non. Elle comporte une souffrance qui n’est pas de l’ordre médicale..mais qui est peut être plus douloureuse que tout autre chose.
Je crois que c’est cette salle qui me rend fragile. Peut être que les cendres de mon corps vibrent devant mon dévolu. Meredith, un esprit ; qui aurait bien pu croire une chose pareille. Pas même moi , c’est pour dire.

Je lève les yeux vers un ciel que je ne vois pas. Mes mains se crispent contre le cadre. Dieu, c’est comme ça que tu t’amuses ? Si c’est le cas, tu as su créer un échiquier tout à ton honneur. Sous tes yeux, voici le fou des pièces noires. Je suis peut être l’une des seules méchantes qui arbore la gentillesse. Mais dis-toi que si je tue, c’est uniquement par ta faute. Toi , mon ennemi juré ; même si je n’ai aucune chance, j’espère que je me rebelle assez contre tes plans obsolètes.

Nouvel accès de rage. Ou serait-ce de l’injustice ? Comment savoir. Mes cheveux flottent vers le bas tandis que ma tête abdique au sol . Les yeux toujours fermés, je tousse encore une fois. Bon sang, cette respiration..Laissez-moi être contre vous. Arrêtez de me forcer ! Je tuerais, mais laissez-moi encore le temps. Douleur. Je souris, je ne sens plus le haut et le bas. Où se trouve ma gauche et droite ? Pour peu, je jurerais pleurer. Mais j’ai arrêté depuis bien longtemps…Parfois, il est dur de tenir son rôle mais combattre contre quelque chose qui est censé vous rendre encore plus en désaccord contre les cieux, c’était mon but , non ?
Alors pourquoi n’ai-je pas tué depuis longtemps ? Pourquoi fais-je le contraire de ce que je m’étais promis ? Je tousse, tout tourne pendant quelques minutes et s’arrête enfin… Vous me laissez une chance de pouvoir attaquer ?

Bon dieu, que vous êtes pire que moi..
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