Nemausus

Nemausus. 17ème siècle. Après un bal masqué ayant mal tourné, la ville perd peu à peu pied... supporterez-vous la volonté divine ?
 
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 Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]

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Hawke Mazbath


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MessageSujet: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Jeu 20 Nov - 21:29

Cauchemars. Sueurs froides... Insomnie engendrée. Hawke se reveilla en sursaut, droit comme un i dans son lit, encore ébété de ce rêve qu'il venait de faire. Un rêve qui revenait souvent, il s'en rendait compte. Non pas que cela lui fasse particulièrement peur. Hawke ne s'inquiétait jamais de rien. Mais se reveiller au beau milieu de la nuit, trempé de sueur, le coeur battant, n'était jamais très agréable. Le jeune garçon se prit la tête dans les mains. Vraiment, il en avait plus qu'assez de ne plus dormir. Pourtant il n'y pouvait rien ; il était devenu le jouet de ses manques de sommeil depuis qu'il avait osé poser son pied ici, dans Nemausus. Quoiqu'il n'avait pas eu le choix. Hawke n'avait jamais eut le choix de rien de toutes manières. Et ces cauchemars n'étaient qu'arguments supplémentaires pour le prouver. Hawke, encore tout retourné, se frotta distraitement les yeux après s'être assis au bord de son lit. Un peu comme un enfant. Certes, son enfance se trouvait bien loin derrière lui maintenant. Mais dans des mauvais instants d'inquietude, surtout poignants, comme celui-ci, Hawke aurait tout donné pour redevenir un gosse. Ses mimiques appliquaient en image cette envie, un peu puérile, de pouvoir de nouveau papilloner où bon lui semblait sans prise de tête aucune. Mais cette periode était terminée. Résolue. Baclée. Hawke se devait maintenant de prendre les décisions, les bonnes surtout, faire de choix, avancer sans plus un regard en arrière, gagner sa vie tout seul. Tout seul... Remarque... dans sa miserable vie, il n'y avait pas grand chose qui valait bien la peine d'être regardé. Hawke tenta de se rememorrer ce dont il avait rêvé, ce qui l'avait fait se reveiller d'un coup aussi violent. Pourtant les pensées tourbilonaient dans son crâne, s'embrouillaient, s'emmêllaient... a tel point qu'il ne put tirer aucune image nette de son cauchemar. Malgré tout, il savait que, pour s'être sorti de son sommeil de manière aussi vive, ce rêve avait du être terrible. Terrible, ou terriblement réaliste, au choix.

Mais plus Hawke se creusait la tête, assis là au bord de ses draps défaits, plus la fièvre lui montait. Bientôt, le sang vint battre à ses tempes, et le jeune garçon dut froncer les sourcils sous l'effet d'une douleur aigüe lui barrant la tête d'un oeil à l'autre. Il stoppa ses reflexions. Cela ne servait à rien de se torturer pour trouver une réponse, de toutes manières. La seule chose qui puisse être tirée de cette mauvaise nuit était qu'il avait mal dormi. Et que la journée à la librairie allait être très, très elastique aujourd'hui... Hawke n'était pas un gros travailleur. Il était studieux, appliquait ce qu'on lui disait de faire. Mais sans plus. Bien-sûr, il adulait la connaissance, et la lecture tout particulièrement. Mais il n'était pas de ceux qui pouvaient passer des heures penchés au-dessus de calculs compliqués, d'idéogrammes historiques ou de problèmes tortueux tout en se grattant la tête. Lui, était capable de bosser cinq minutes. Au bout de ces cinq minutes, si une mouche en venait à passer devant son nez, alors Hawke s'oubliait totalement dans sa contemplation, perdant d'attention tout le reste. Durant son enfance, les professeurs le rappellaient souvent à l'ordre... Trop souvent d'ailleurs. Pourtant personne n'avait jamais été déçu de lui. On ne lui repprochait jamais rien. Normal, Hawke n'était qu'un pion après tout. Il n'avait pas son mot à dire. C'est du moins ce qu'il pensait. Et quand bien même il avait le droit de s'exprimer librement... Hawke n'aimait pas parler ! Pour lui, les mots étaient une chose reservée aux autres, un art qu'il ne saisissait pas, ainsi qu'un effort qui depassait ses faibles forces. Parler representait pour lui un don veritable, immateriel et puissant. Bien plus puissant que lui. La seule idée de dialoguer causait en Hawke un trouble destabilisant, à tel point qu'il ne parvenait jamais à decrocher un seul mot à son interlocuteur ou interlocutrice. SURTOUT interlocutrice d'ailleurs ! Une simple prise de parole engendrait chez lui un silence de mort jusqu'au jour prochain !

Comme Hawke savait pertinement qu'il n'allait plus fermer l'oeil de la nuit, par crainte de recommencer ses mauvais rêves, il prefera se lever. Les cheveux en bataille et l'oeil cerné, Hawke sentit sa tête lui tourner un instant. Ne plus vouloir se rendormir était une chose. Trouver une occupation pour passer le temps jusqu'à l'aube en était une autre. Remarque... concernant Hawke, il ne fallait pas chercher très loin en matière d'occupation. Le jeune garçon se decolla de son lit. Distraitement, un peu comme un vampire sortant de sa tombe, Hawke revetit une chemise froissée ainsi qu'un pantalon élimé, recousu de partout. Il avait une mine terrible. Alors qu'il croisait son reflet du coin de l'oeil, le jeune libraire eut même un sursaut d'effroi ! Mais baste. De toutes manières, au creux de la nuit il ne risquait pas de croiser grand monde dehors. Quoique... Hawke se vêtit donc chaudement d'un manteau et d'une longue echarpe, et s'extirpa hors de sa libraire en prenant soin de fermer la porte derrière lui. Il avait prit avec lui son eternelle besace usée, dans laquelle carnets et fusains se battaillaient avec croquis et crayons de bois.

* Je deviens fou... Jamais auparavant n'aurais-je eut l'idée de sortir de chez moi à une heure aussi tardive. Les gens changent. Decidement... le changement doit me perturber *

Les mains enfoncées au fond de ses poches, le visage à demi caché dans son echarpe, Hawke frissona sous le coup d'un froid qui lui tomba sur les épaules telle une masse ecrasante. Dehors, le calme reignait. Ce calme insita Hawke à marcher un instant dans les rues, errant comme un damné coincé entre sa fatigue et sa repulsion à l'idée de fermer les yeux. Le jeune garçon bifurqua dans une ruelle, porté par ses pas, à demi-conscient de la direction qu'il prenait dans Nemausus. Il ne se rendit compte de l'endroit où il se trouvait que lorsqu'une voix aguicheuse vint lui carasser l'oreille d'un râle desagreable.

" Me dis pas qu'tu es perdu mon mignon... "

Hawke sursauta et porta son regard vers la jeune fille qui venait de lui lacher cette remarque ambigüe. Terriblement géné, le jeune garçon accelera le pas en regardant droit devant lui, comme s'il portait des oeillères.

" Mouai c'bien c'que j'pensais... Abruti va ! "

Hawke ferma un instant les yeux, à default de pouvoir fermer ses oreilles. Nemausus cachait de bien sombres recoins... Elle n'était pas une ville Sainte, ça c'était sûr. Jamais Hawke ne s'aventurait dans ses banlieues. Plus par crainte qu'autre chose. Le jeune garçon s'enfoncait de plus en plus dans les ruelles crades de la ville. Mais soudain, des bruits de voix se firent entendre. Hawke ralentit le pas, et regarda autour de lui avec curiosité, se dirigeant un peu malgré lui vers l'endroit d'où provenaient les bruits sourds de voix enraillées. Une taverne. Hawke poussa la porte. Aussitôt un vieux relent d'alcool et de fumé mélés le prit à la gorge et Hawke manqua de s'etouffer un instant. Le tabac regnait en maître ici, à tel point qu'un épais brouillard se tassait dans la pièce principale et empêchait de voir nettement les quelques personnes qui se tenaient encore ici. Hawke, soudain très intimidé, s'avanca vers une table libre, dans un coin retiré de la taverne, comme deux vieillards, deja bien amochés, le regardaient d'un oeil oblique. Non pas que Hawke soit parano, mais il preferait rester à distance, question de prudence tout de même. Une serveuse s'approcha de lui. La malheureuse avait lair ereinté, avec ses cheveux ebouriffés et sa mine maladive. Elle demanda d'une voix rauque ce que Hawke desirait prendre. Il lacha une chose qui le surprit vivement.

" Euuh... un truc fort. Qui empêche de dormir ! "

La serveuse cligna des yeux, puis haussa les épaules avant de tourner les talons. Hawke s'était retrouvé un peu bête. D'autant plus qu'il ne savait pas quelle surprise lui reservait la jeune fille. Le libraire se passa une main sur le front, retira son echarpe, s'installa plus confortablement sur sa chaise... effectua une serie de gestes inutiles comme il se trouvait peu mal à l'aise. Puis, avec des mouvements soudain plus appliqués, Hawke extirpa de son sac besace un carnet de feuilles vierges ainsi que quelques fusains. Il regardait autour de lui discretement, comme s'il craignait qu'on le decouvrit dans un endroit pareil, lui qui était plus érudit qu'amatteur de boisson forte. Cette Taverne soulevait en lui comme une vague d'inspiration, et Hawke esquissa un très léger sourire tandis qu'il commencait à griffonner sur son carnet. Dessiner... sa seule passion. Sa seule aspiration. Le fusain courrait sur le parchemin. Hawke se sentait éprit, plongeant dans son croquis comme toujours, concentré, oubliant tout le reste. Il ne fallait pas longtemps pour que l'ivresse du dessin s'empare totalement de lui. Pire qu'une boisson alcoolisée. En parlant de boisson... la serveuse revint. Elle deposa devant Hawke un verre remplit de... d'un...

" Avec ça, tu pars sur de bonnes bases, toi qui n'veut pas dormir. A ta santé ! "

Elle s'eloigna de nouveau après avoir adréssé un sourire ironique au jeune garçon. Un peu desemparé, là, devant son grand verre de... quelque chose, Hawke hesita quelques instants. Il porta d'abord la mixture à son nez et sentit aussitôt les larmes lui monter au yeux. Bêtement, Hawke se mit à tousser... Les vieux saoülards accoudés au comptoir cesserent un instant de vociferer pour se tourner vers lui d'un air curieux. Le jeune garçon s'arreta brusquement de cracher ses poumons, les joues enflammées d'une gène brusque. Les conversations reprirent. Et Hawke, lui, rassembla tout son courage avant de tremper ses lèvres... dans l'alcool fort. Il n'avait jamais vu, ou très peu. Avec ce qui se trouvait dans son verrs, le jeune garçon fut surprit de ne pas sentir ses dents fondre dans sa bouche ! Il sautait les étapes. D'ailleurs, après quelques brûlantes gorgées, la fatigue avait totalement disparue. Et Hawke se sentait beaucoup moins nerveux ! Il repartit dans ses esquisses artistiques avec plus de passion encore, imprimé sur son visage un vague sourire un peu niais. Plusieurs fois il dut se reprendre. Mais il comprenait que l'alcool ramollissait pas mal un corps même resistant. Tant mieux ou tant pis. Hawke se sentit bien tout d'un coup. Mais la porte de la taverne s'ouvrit soudain, et Hawke porta son regard vers la personne qui venait d'entrer. Il ne distingua pas très bien ce qui se passa... Mais il entendit un grand fracas de verre cassé ainsi qu'un cri surpris, provenant de la serveuse. Hawke plissa les yeux pour mieux distinguer la scène à travers la fumée du tabac. Apparement, la personne qui venait d'entrer avait bousculé, volontairement ou non, la malheureuse serveuse. Et celle-ci avait renversé son plateau ainsi que tout ce qui se trouvait dessus. Le tapage qui s'en suivit reveilla quelque peu Hawke qui se redressa sur sa chaise, en se demandant s'il devait faire quelque chose ou rester sans agir...
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Selena Tleïkva
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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Sam 22 Nov - 4:39

(Je m'incruste si tu veux bien ^^)



La ruelle est très sombre.
Ce que j’arrive à voir, n’est pas très convainquant. Il n’y a presque pas de lumière, peu de gens , et ceux qui restent dans les tréfonds, entre les fissures gorgées de courants d’air, font grimper sur mon échine des frissons incontrôlables. Mon regard scrute du mieux qu’il peut. Il part à droite, à gauche, souligne aux passages l’écoulement d’une substance humide, contre les murs poisseux, accentuant un peu plus mon malaise. Malaise qui , je le sens, ne tardera pas à se muter en angoisse.
Et vu les battements de mon cœur de plus en plus saccadés…la phase cinglée hystérique est pour bientôt. C’est vrai ça , incroyable à quel point ça bat fort. Qu’est-ce qui m’a pris ?..

Ignorant les murmures qui suivent ma route, je baisse les yeux..et avance..avance toujours. Ne pas faire attention …juste aller devant-soi. Et puis, aussi , pourquoi pas, se rappeler pourquoi je suis là.
..Ce que je sais avec certitude, c’est qu’une heure auparavant à peine , j’étais chez moi. Plus précisément dans mon appartement soudoyé et ma couverture miteuse. Je lisais une feuille, pour oublier l’ouverture de ma boutique. Ouverture que je n’ai pas fait.. Pourtant , c’était mon premier jour.. Mais il y a eu cette perte de clé, cette aide toujours au bon moment. Et surtout le sentiment , d’être incompétente. Surtout ça…
Je revis à nouveau les pensées m’ayant immergée toute entière dans ma chambre… Un manque d’indépendance, un poids dans ma conscience. Une sorte de dégoût, qui jouait le rôle de serpent maladif..sifflant à mes oreilles. Je relève ma tête sous le coup de la stupeur. Arrête de marcher.
De la Honte ?...
C’est parce que j’avais honte de moi, que je suis là ? Ma bouche frémie ; simple commissure de mépris. Si je n’étais pas en si mauvaise posture ,j’en rirais presque. Mais le rire est la dernière chose qui frôle mes lèvres en ce moment..

Subitement, à quelques mètres, un bruit de chute tinte à mes tympans. Guidée par un instinct poussé , je sursaute. Ma respiration s’emballe , je regarde..mais ne vois personne. C’était quoi, ce son ? Presque tentée de crier, je ravale ce qui menaçait de sortir de ma gorge, essayant de reprendre contenance. Du calme.. Après tout , des bruits il y en a partout..n’est-ce pas ? Alors du calme. Du calme..du calme Selena.. Je secoue ma tête..marche à nouveau. Mes jambes avancent avec une rapidité surprenante , comme guidées par une voix plus forte que la réflexion. Je n’ose pas même regarder derrière mon dos, craignant de découvrir de ces cauchemars qui peuplent vos placards lorsque vous êtes enfants. Néanmoins, une chose est sûre. Quoique j’ai pu pensé avant, je dois partir de cet endroit. Et mieux vaut se contenter d’aller, de vaquer très vite, en espérant sortir de l’embouchure épineuse , avant de perdre son sang froid.

Autour de moi , le silence crie à mes oreilles. L’embouchure des allées se font sinueuses, incertaines. Je fais un pas en avant , avant de me demander où aller. En me demandant si je devrais continuer..à faire ce que je fais ou si je devrais plutôt emprunter des bifurcations qui se trouvent de chaque côté.
D’ailleurs..où suis-je ?

Je tourne ma tête dans tous les sens, sauf en arrière.
Je me rappelle être passée par les pires passages à ma venue. Les plus lugubres, sales, portée par une envie de défi. Défier ma peur , voilà qui m’a rendue plus courageuse apparemment ! Quelle idiote.
Au moins, personne ne sera là pour me donner un coup de main. C’est ce que je souhaitais ; réussir à me débrouiller seule, par moi-même ? Je devrais être ravie. Je devrais..effectivement, s’il n’y avait pas cette boule coincée au fond de mon estomac.

« - Besoin d’aide ? »


Un battement de plus. Un battement de moins.
La voix vient de derrière. Plutôt mielleuse d’ailleurs. Oh non , par pitié… Je serre le col de mon manteau contre ma gorge, continue à marcher. Peut être que si je ne lui réponds pas , il me laissera tranquille ? Mes doigts s’agitent autour de mon habit, je tique sérieusement.
Pourquoi est-ce que j’ai fais ça ? Quelle idée de trainer dans ce mausolée, à attendre , là, que quelqu’un veuille bien m’attaquer , ou pire… Je suis venue dans cette ville, pour faire ce genre de choses stupides ? Doucement, j’essaye de faire abstraction de ma panique, avant de lâcher furtivement ma veste noire. Non ..non je ne suis pas ici pour revivre encore la violence. Je vais sortir de ce trou noir, oublier cette mésaventure , m’occuper de mon travail.. Je vais sortir ..j’y suis bientôt. Malgré moi , je tends l’oreille. Il n’y a aucun bruit. Aucun hormis les talons de mes vieilles bottes qui claquent légèrement contre le sol glissant. Et ce son là dure ...

Je ne sais pas combien de temps je marche, j’ai marché. Les secondes sont lourdes, les quarts d’heure de répit trop rapides. Mais je sens que le quartier change sensiblement. Plus de lumières, pour commencer. Pas beaucoup de monde c’est vrai, mais des lueurs argentées, dorées , qui me font des clins d’œil rassurants. Ce qui n’est pas si mal après une frayeur exagérée comme la mienne. Et puis, l’atmosphère. On le sait , ou du moins , je le sens toujours lorsque je quitte des coins louches..là aussi , j’ai cette merveilleuse impression. Celle d’avoir changé de quartier.
Cette constatation me renvoie à ma frayeur d’avant. Presque surprise d’avoir oublié pourquoi j’avais si vite marché, je me force à ne pas perdre le rythme.

Parti ? Est-ce qu’il est parti ? Je me hâte , écoute …toujours rien. Mon cœur reprend progressivement les rennes de leurs pulsations. Je me détends enfin…Quand j’y pense, c’était un fou, une âme en peine peut être. Mais il n’y a plus de raison de s’en faire, puisque j’ai enfin quitté l’autre endroit. Celui que je croyais infini.
Sans crier garde, ma gorge s’agite toute seule, accueillant un gloussement nerveux et silencieux qui me secoue doucement. Finalement, je me suis débrouillée sans personne , et sans souci. Je serais prête à courir, tellement la joie me transporte. Mais quelque chose d’étrange se passe... Il me semble que le bruit de mes bottes, ne joue plus de sa musique contre les pavés de la ruelle.
C’est moi ou… ?

Ou peut être pas.
Le sourire qui osait fleurir sur mes lèvres, se meurt avant d’avoir pu faire son ascension. Quel est le problème ?..Le noir de mes yeux essaye de canaliser les images correctement. Et alors, je cesse de respirer.
Ce n’est pas possible. Je rêve , n’est-ce pas ?
C’est mon imagination?

Devant, à quelques mètres de mon visage plus livide que n’importe quel cadavre , il y a une ombre qui avance… dans ma direction ? Alors que je ne l’avais guère remarqué , ne serait-ce qu’entrevu, je la distingue maintenant. Elle est aussi nette que peut l’être du fusain noir sur des briques grises. Et pire encore , elle ne cesse de se rapprocher. J’ai beau ne pas vouloir , elle se distingue à mes prunelles..s’agrandit.
Et moi ? Et moi je constate que je suis tout bonnement paralysée. Je ne fais aucun pas en avant , ni en arrière d’ailleurs. Cela fait deux belles minutes que mon corps est aussi rigide que le métal, mon souffle aussi gelé que le glaçon qui semble glisser à travers mon œsophage. Je ne m’en rends compte qu’en cet instant..Où s’étaient écoulées les quelques minutes sans lui..ou en sa présence?
..Est-ce que c’est ça , la peur ?
Je crois, oui..Mais n’en suis pas totalement sûre. C’est fou, ça s’est passé si vite, que je n’ai même pas eu le temps de réfléchir. Pas même à la panique qui se manifeste en silence dans mes articulations.
Percluse d'horreur, je fixe la masse informe .. cille à mesure qu’elle vient vers moi. Pas de doute, c’est quelque chose. Impossible de savoir quoi , exactement. Mais quelque chose ..de très dangereux. J’en suis certaine. Alors pourquoi , bon sang , pourquoi est-ce que je n’arrive pas à bouger ? C’est normal, ça ?
Même si je le voulais –et Dieu seul sait à quel point j’en ai envie- , je n’y arrive pas.
Impossible de m’enfuir.

Très lentement..je laisse mes pupilles regarder à côté ; puisque c’est la seule chose que je puisse encore contrôler. Mon cœur bondit. Plus proche que l’inconnu menaçant, qui glisse littéralement vers moi ; il y a une porte éclairée. Je serais incapable de savoir vers où elle mène. Incapable de savoir, également, si ce n’est pas un effet de mon imagination. Mais c’est la seule lueur qui est assez proche.. Mon seul espoir face à ..à cette chose. Une chose peut être inoffensive, quand on y réfléchit. Après tout , qui a dit qu’elle avançait vers moi ? Elle pourrait très bien se balader.
Se balader ici Selena ? Je me mords la lèvre.

Tiens, en y pensant, deuxième réflexe que je peux effectuer sans problème. Je devrais réfléchir à l’éventualité de prendre mes jambes à mon cou..et ouvrir cette satanée porte. Mes yeux se ferment…Il me faut du calme. C’est fou , cela paraît complètement aberrant , je sais bien ; mais quitte à être si terrifiée , pourquoi ne pas essayer d’opter pour la plénitude hystérique ?
Aveugle, je reprends confiance en moi. Je ne le vois plus, mais je sais qu’il est tout proche. Et ça , c'est ce qui me redonne un peu de courage. Pas besoin de le guetter pour savoir qu'il arrive.. Mes doigts tremblent , mes jambes se crispent..je reprends le contrôle de mon corps.
Première expiration , deuxième inspiration..je suture les défaillances, essaye de ne pas paraitre surprise ; de ne pas comprendre pourquoi j'ai si peur.
Allez..Selena.. Vas-y ..maintenant !
J'ouvre les yeux, ignore la bête. Mes pas s'arrachent et me portent à une vitesse fulgurante. Je cours, oui je cours , tout bonnement! Derrière-moi , je l’entends, le sens, le ressens presque. La porte est à quelques mètres. Mes doigts pianotent, s'étirent. Allez..bientôt....Ma main se tend,touche la poignet. Et avant même que mon mirage ou que sais-je , ne puisse me frôler, j’ouvre le bâtant en grand et rentre.

La bouche ouverte, essoufflée, presque fiévreuse, je cris enfin depuis le début de ma mésaventure. Et je ne suis pas la seule. Un bruit de fracas retentit.
Plongeant mes yeux au sol, par pur réflexe , je vois deux assiettes cassées, des miettes éparpillées, et constate que mes bottes pataugent dans une marre aux relents alcooliques.

« - Hé ho ! Vous pouvez pas regarder où vous marchez ?! »

Surprise, je lève mon regard. Ce qui me paraît être une serveuse, plutôt sérieuse pour le moment, me fixe intensément , les mains sur les hanches. Une taverne..je suis dans une taverne.. ?

« - Désolée je.. » Arrêt sur pause. Je quoi au juste , Selena ? Je n’ai pas vu devant moi , parce qu’une ombre m’attaquait ? Incapable d’en dire d’avantage, je me tais. Mais la femme éméchée n’en a apparemment pas fini avec moi. Je la regarde, avec une certaine politesse, quoique chamboulée dans l’ensemble.

« - Vous allez d’voir m’payer ça alors ! »

Je reste muette. Autour de moi , je sens des regards me détailler sans gène. Puis, je remarque soudain que l’odeur du tabac me ronge les yeux. Payer ? Mais..Je..
D’un geste presque inconscient, je passe mes mains dans les poches. Les retourne, et avale parce que ma gorge trop sèche m’embrume le cerveau. Ou serait-ce la fumée ?..

« - Je n’ai pas d’argent sur moi »

Je l’ai dit sans y apporter une grande importance. Parce que dans ma tête douloureuse, je n’ai pas la place pour d’autres problèmes. Les yeux toujours levés vers la dame au pull tâché, j’essaye de lui faire comprendre.. Mais ses yeux à elle , me font passer un tout autre message , beaucoup moins avenant.
Après tout , peut être l'ai-je bien mérité ?...
La mine impassible , j’attends.

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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Sam 22 Nov - 15:41

[ Mais très certainement ! ]

Il s'averait que la personne ayant fonçé malencontreusement dans la serveuse était une jeune fille. Hawke ne la distinguai pas vraiment au travers du nuage de tabac qui flottait dans la pièce. Et de toutes manières, il n'aimait pas observer les autres avec un regard trop poussé, car il ne savait que trop bien le malaise que cela pouvait engendrer. Lui-même haïssait par dessus tout que l'on fasse courrir sur lui des yeux trop avenants. Même quand on le fixait de dos, Hawke le sentait, et se voyait contraint de se chasser lui-même hors des vues. C'était un peu la raison qui l'ammenait à vivre isolé, en retrait de la populace, comme un pestiféré. Pourtant, cette solitude perpetuelle, il ne la devait qu'à lui-même, à personne d'autre. Il avait peur constemment, apprehendait tout et tout le monde, baignant dans ses craintes sans pouvoir rien faire contre. Il se sentait trop faible, trop inutile. La solitude lui apportait souvent de beaux moments, comme une fois la nuit tombée où il aspirait alors à grimper sur quelque toit pour pouvoir observer Nemausus version nocturne, ou pour esquisser deux trois croquis sur un bout de papier, la tête posée dans sa main libre. Mais de plus en plus courrement, la solitude lui pesait lourdement sur les épaules, s'abattant sur lui lorsqu'un moment de fatigue pointait le bout de son nez. C'est surtout en situation de faiblesse que Hawke se maudissait d'être aussi renfermé.

Pourtant il n'était pas un mauvais garçon. Au contraire. Il rendait service à qui le voulait bien. Mais les habitants faisaient courrir le message comme quoi il était trop maladroit, bon à rien parce qu'aucune confiance en lui n'arrivait à rechauffer ses esprits. C'était vrai. Les gens se detournaient de lui au moindre faux pas de sa part. Non pas que Hawke se place en situation de victime, mais personne n'osait lui faire confiance. Seuls quelques clients gardaient avec lui un contact amical, mais sans plus. Le jeune garçon n'avait jamais connu quelconque joie de posséder une présence aimante près de lui. Il disait s'en indifferer d'un air un peu hautain, pour s'en convaincre, et pourtant, interieurement, ce manque cuisait douloureusement en lui et provoquait de temps en temps chez lui des frousses sans retour. Hawke vivait avec cette solitude, ce mal être constant. Qui sait... un jour peut-être. Pour le moment, Hawke penchait legerement la tête, toujours curieux de la scène qui se deroulait dans la taverne. Ce fut la serveuse qui haussa la voix. Déja extenuée de son piètre travail, la voila contrainte de tout nettoyer. Elle avait du caractère visiblement... vu la manière dont elle s'adressa à la jeune fille. Les vieux s'étaient tus à nouveau, et dardaient leurs regards jaunes vers la nouvelle venue. Ils souriaient bizarrement, et Hawke sentit son estomac se retourner soudain. Il ne preferait rien imaginer, ne faire aucune hyppothèse sur ce que ces saoûlards pouvaient bien penser dans leurs crânes plein d'alcool.

Le jeune garçon s'appercut qu'un lourd silence venait soudain de s'abattre dans la taverne. La serveuse avait laché d'une voix autoritaire que la jeune fille paya ce qu'elle avait brisé involontairement. Mais celle-ci ne dit rien, resta de marbre. Comme la fumée de tabac se dissipa quelque peu, Hawke put enfin voir à quoi elle ressemblait. Sa venue ici avait été violente. Elle était rentrée dans la taverne come une tornade. Que s'était-il passé ? Le libraire sentit s'eveiller en lui une curieuse impression, comme il pouvait voir la detresse blanche plaquée sur le visage de la jeune fille. Elle était là par hasard, comme lui. Certainement surprise dans sa nuit, comme lui. Peut-être errait-elle dans les ruelles sans avoir sû où aller ? Comme lui, une nouvelle fois. Hawke put lire une frayeur sans nom chez elle, traduite par une mine grave et close. Elle ne pouvait rembourser la serveuse. Et celle-ci, même face à la triste tenue de la jeune fille, ne semblait pas en demordre. Ses labeurs quotidiennes avaient chassé la pitié de sa manière d'être. C'était comprehensible d'ailleurs. Hawke s'agitait nerveusement, regardait autour de lui discretement. Mais personne ne bougea. Il fallait dire que la taverne était quasi-deserte, mis à part ces quelques habitués amochés qui reluquaient les deux femmes d'un oeil oblique, avide d'attendre la suite des embrouilles plutôt que de porter secours à la malheureuse. Un combat entre deux femmes devait les faire saliver d'avance...

Hawke chassa cette idée de sa tête pour eviter de vomir, tout en se mettant vivement debout. Un vertige soudain lui fit quelque peu perdre l'equilibre, et le libraire dû s'appuyer un instant sur le bord de la table en plaquant une main contre son front, grimacant de cet effet qu'il n'avait jamais connu auparavant. Ben oui... il avait déja oublié sa choppe d'alcool concentré. Ce vertige le rappellait à l'ordre ! Quand il reprit son equilibre, Hawke fouilla d'une main le fond de sa poche, esperant y rencontrer de quoi aider la jeune femme. Par chance, ses doigts tatèrent les contours d'une pièce. D'une grosse pièce. Le jeune garçon, intimidé, s'approcha alors discretement près de la serveuse. Il ne jouait jamais les héros. Et n'avait d'ailleurs pas l'intention de le faire. Non, il avait ressentit que cela était tout à fait normal et logique de payer à la place de la jeune femme. Hawke, d'un regard, le lui fit d'ailleurs comprendre. Il esperait qu'elle ne soit pas frustrée de son geste du genre à lui dire après coup "J'aurais pu me debrouiller toute seule !" Hawke detestait ce genre de personne. Et puis baste, il se jeta tête la première. Il toussa legerement, comme pour signaler sa présence. S'adressant à la serveuse d'une voix un peu plus grave qu'il ne l'aurait voulu, il lui tendit la pièce.

" J'imagine que ça suffira... "

La serveuse se tourna d'un coup vers lui, les yeux ecarquillés. Visiblement, elle n'avait pas fait attention à lui. Elle passa son regard de Hawke à la pièce, et de la pièce à Hawke. Un temps court fila entre eux deux. Mais le jeune libraire n'avait pas l'intention de céder à la panique. Pas encore ! Il restait grave, le teint sans expression. Au final, la serveuse poussa un profond soupir, comme semblait-elle exorciser toute sa fatigue hors d'elle. Elle attrapa vivement la pièce que lui brandissait le libraire sous le nez. Puis, sans le remercier, elle foudroya une dernière fois la jeune femme d'un regard agressif.

" Bon très bien, ça va pour cette fois. Mais pas deux, sinon gare ! "

La femme, pour bien se faire comprendre, agita son poing devant la jeune fille. Puis elle partit derrière le comptoir pour chercher de quoi nettoyer les dégats causés. Au bar, les vieux marmonnaient d'un air boudeur en fusillant Hawke du regard. Déçus de ne pas avoir de rallonge sur le spectacle. Ils grognèrent quelques instultes dégoutantes à l'intention du jeune libraire. Celui-ci, toujours debout devant la jeune fille, sentait monter en lui un malaise prenant. Il se tordit les mains nerveusement, degluttit, tentant en vain de regarder ailleurs. Ses joues s'enflammaient. S'il ne disait rien, et si le silence s'installait, une catastrophe n'allait pas tarder à arriver. Hawke avait le don de s'enliser dans de desagréables situations. Il fallait dire que face à la gent féminine, le malheureux garçon n'avait aucune arme, pas de quoi se défendre, ni de quoi s'assumer. Sa timidité maladive le rongeait de l'interieur, l'empechant de parler correctement. Il begailla quelconque chose inaudible, avant de reprendre d'une voix plus assurée, un demi-sourire étalé sur le visage.

" Pas de mal j'espère ?! Si je... si je peux faire quelque chose... "

Pitoyable, decidement. Pourtant ce n'est pas la mauvaise volonté qui l'etouffait ! Hawke s'en voulait vraiment d'être aussi pathetique envers les jeunes femmes. Mais il n'y pouvait rien changer ou presque. Jamais n'avait-il appris à parler avec aisance. Pourtant il était extremement poli, savait se tenir. Même sous le coup d'une fatigue terrible, d'ailleurs. Le jeune libraire recula d'un pas, comme pour laisser le champs libre à la jeune fille. Si elle desirait sortir de la taverne, elle le pouvait. Ou si elle desirait consommer quelque chose sans avoir sur les talons sa présence encombrante, elle le pouvait aussi ! Hawke était persuadé que quelque chose ou quequ'un l'avait poussé à venir jusqu'ici. Elle ne s'était pas rendue ici avec clairvoyance ni conscentement. Mais jamais n'oserait-il lui demander le pourquoi elle se trouvait là. Deja qu'il ne parvenait pas à aligner trois mots correctement... Hawke cligna des yeux, jugea bon d'ajouter quelque chose de rassurant, histoire de faire savoir qu'il n'était pas de ceux qui aimaient perdre leur dignité sur le coin d'une table, devant un alignement de plusieurs verres vidés.

" Je m'appelle Hawke. Hawke Mazabath. Libraire à Nemausus. Rassurez-vous... je suis ici par cause d'insomnie indésirée, et non pas comme... pour... euh... "

Comme Hawke ne savait trouver les mots justes, il avait tourné discretement la tête vers les vieux aux nez rouges qui se poussaient du coude en hurlant d'un rire gras et effroyable. Il pensait que la jeune fille avait assimilé ce qu'il voulait dire. D'ailleurs Hawke esquissa un sourire désolé en se tournant de nouveau vers la jeune fille. Il haussa les épaules.

" Enfin vous comprenez, j'imagine ! "

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Selena Tleïkva
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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Dim 23 Nov - 0:33



Distant de l’ambiance, mon visage se durcit. Mes épaules s’affaissent et la serveuse enrage. Moi, je me contente d’attendre. Attendre qu’elle s’emporte, qu'elle me lance des immondices à la figure, que les spectateurs jubiles. D’ailleurs, face au silence qui règne en maitre dans la salle, j’ai la forte impression que le coup d’envoi ne va pas tarder à être lancé.
Ca ne fait rien...

Mon regard part vers le coté. Mes traits se crispent un peu plus, je masque un frisson. La porte fermée, je la sens derrière mon échine. Et ça me fait froid dans le dos. Car je ne suis pas capable d’y retourner.
Alors, oui. Si c’est nécessaire, ça ne fait rien. Tant qu’elle ne me jette pas dehors, je subirais..quitte à rester là, jusqu’à ce que le jour se lève. Même si cela ne m’enchante pas le moins du monde.
Hésitante, et ce malgré l’atmosphère, je ne peux m’empêcher de penser, à cette chose. Celle qui était dans la ruelle, avant que je ne rentre ici.
M’attend-t-elle toujours derrière l’entrée, à l’affut du moindre détail qui me renverrait dehors ? ..
J’ai une folle envie de regarder par la fenêtre de la taverne. Pour m’assurer qu’il n’y a rien ou quelque chose ; que je n’ai pas rêvé mais que je le souhaite ardemment. Ou peut être pour ôter ce sentiment d’angoisse qui ne m’a pas quittée depuis ma venue. Mais je ne peux pas m’y résoudre. Parce que, quoique je puisse me dire, la peur de cette rencontre, celle qui m’a mise dans une telle situation, m’habite encore. Avec une force inouïe.
Immobile, muette, je tends l’oreille.

Il n’y a pas un seul bruit. Et pour cause, je suis devenue le centre d’attention de la taverne. Mes yeux se portent à nouveau sur ‘mademoiselle colérique exténuée’. Tiens, pour peu je l’aurais presque oubliée celle-là. C’est étrange, mais je crois que je pourrais facilement tenir deux heures de plus sans bouger , ne serait-ce que le petit doigt. Je suis déterminée, il faut dire.
En même temps , est-ce que changer ma réaction modifierait la situation ? Devant l’ambiance lourde qui s’intensifie, j’ai tendance à admettre que non. Ca ne servirait pas à grand chose.. Mais je ne devrais pas rester là, sans voix, sans rien faire, n’ayant aucune considération pour l’humeur des autres. Je suis bel et bien partie de chez moi pour atterrir ici. Il fallait penser aux conséquences, avant de se jeter dans la fosse.
Maintenant, c’est à moi de changer la donne, de faire quelque chose.
Quelque chose, oui ..mais quoi donc?

Je jette un coup d’œil au comptoir du bar. Deux hommes bourrus affichent un mauvais sourire, dévoilant des rangées de dents amochées. Sur le coup, l’un d'eux intercepte mon regard. Je baisse les yeux, ne peux m’empêcher de frémir par la même occasion..
Allez..Respire Selena. Et surtout réfléchis bien...
Ma tête me lance et la fumée n’arrange rien.. Je fronce les sourcils. Peut être...oui peut être que si j’étais plus disposée à parler, le patron accepterait que je travaille ? Le temps de rembourser ce que je dois.
Certes, c'est une éventualité catastrophique.
J’essaye de ne pas m’imaginer dans cette taverne, au milieu d’une gente exclusivement masculine..avec mon tablier trouée , ma jupe froissée et mon regard torve. Avec ma maladresse monumentale, pour couronner le tout.
Mon visage perd légèrement son air impassible. Raclement de gorge. Même si je ne sais pas exactement, si c’est une bonne idée, je suis prête à me lancer.
Ma bouche s’ouvre puis…elle se referme.
La serveuse me quitte des yeux. Je suis son regard, assez interloquée. Un jeune homme , les traits tirés, apparait subitement aux côtés de la femme. Si vite, et si silencieusement, que je me retiens de sursauter. Qu’est-ce que… ? Circonspecte, je regarde sa main tendue.

Il ne va tout de même pas… Je me mords la lèvre, inconsciemment.
J’ignore les grognements étouffés des vieux bonhommes, me prouvant néanmoins que je ne rêve pas. La servante , elle, reste immobile, jauge du regard ce que le jeune homme montre.
Une minute.. Attendez une minute ?! Ma logique se met en route, fait perdre l’équilibre de mon raisonnement.
Depuis quand, cette personne est-elle présente ? A quoi joue-t-elle ? Incapable de réagir correctement, je regarde la pièce de monnaie entre ses doigts. C’est idiot..mais..mais j’aimerais que la femme refuse.
Le fait de voir cet homme, là, qui apporte son aide, cela me renvoie encore à ce sentiment. Celui qui m’a emmené dans une ruelle sombre, qui m’a fait courir, m’a poussé dans une taverne..m’a conduit à me maudire. J’aimerais qu’elle me pourrisse la vie cette serveuse, qu’elle le laisse en dehors. Même si c’est grotesque, je veux qu’il m’ignore.
Mais finalement elle accepte. Je vois sa main dérober le sous, avec une rapidité surprenante. Comme si ce geste me prenait de court je reprends ma respiration, inspirant un peu trop fort. Et ça s’entend, d’ailleurs..


" - Bon très bien, ça va pour cette fois. Mais pas deux, sinon gare ! "

Pour la première fois depuis ma venue, je lance un regard méprisant à cette femme. Un mot de remerciement pour ce jeune homme, ça ne lui passe pas par la tête ? Ignorant son poing brandi lorsqu’elle s’approche de moi, je me retiens pour ne pas exploser de colère ; au pire lui fracasser son plateau sur le crâne.
Se taire, je dois me taire si je veux me faire oublier. Je ne suis pas en position de répliquer ; pourtant, le fait qu’elle accepte l’argent de la main d’une personne sans histoire, qui m’a apporté son aide sans compensation, fait monter un moi un élan d’antipathie. Je serre les dents au moment même où elle me tourne le dos..
Et sens comme un creux qui s’installe.
Encore sauvée. Encore une fois sauvée ..encore repêchée, in-extrémiste, d’un problème.
..En réfléchissant attentivement, je devrais être heureuse, reconnaissante.. Les yeux dans le vide, je reste muette.
Pendant un court laps de temps.

Puis, soudain, je repense à cet homme et ma tête se redresse.Très vite. Je le regarde.
Il est toujours au même endroit, il n’a pas bougé ; et une pensée absurde me traverse. Attendrait-il quelque chose de moi, en retour ? Soudain, j’imagine le pire.
Je recule un peu, incertaine, comme une bête farouche ..et attends. Je le vois tirer maladroitement sur ses mains, et ce comportement crispe mes muscles avec encore plus d'intensité.
C'est vrai. Grâce à lui, j’ai évité bien des ennuies…pourtant, sa gêne m’interpelle. En toute logique, la seule qui devrait être mal à l’aise , c’est moi..alors , pourquoi..pourquoi cette réaction ? Il bégaye, me sourit avec difficulté. Tout doucement , je fais de même ; bien que mon attitude est trop formelle. J’ai beau être mieux, je ne suis pas en état pour être sereine.

" Pas de mal j'espère ?! Si je... si je peux faire quelque chose... "

Rôle inversé. Je le fixe, surprise. Si quelques secondes auparavant, je pouvais me vanter de connaître ses intentions ; à ce moment précis, je tombe des nues.
Faire.. quelque ..chose ?...Je le regarde sans le comprendre. Mais tu viens déjà de faire. Tu viens déjà de me rendre moins mal. Que pourrais-tu accomplir de plus ? Pire encore, cela serait à moi , de te poser une telle question. ..
Décidément, je ne comprends pas , je ne le comprends pas.
Devant la désinvolture de sa question, je n’arrive qu’à passer la main dans mes cheveux, pour espérer remettre de l’ordre dans mes pensées. Mais ça ne m’aide pas..Et lui, il continue de chercher ses mots..trop poli pour oser , ne serait-ce , que me demander, pourquoi je n’ouvre toujours pas la bouche. De toute manière après réflexion, s’il me posait la question, je crois que je saurais pas lui répondre.

Au bout d'un temps interminable, il part légèrement en arrière, comme pour m’ouvrir un passage. Façon, sans aucun doute, de me laisser libre arbitre, choisir ce que je veux faire. Avancer, reculer ?..Manque de tact, je ne parle toujours pas. Ne bouge guère.
Subitement, les rouages de mon esprit se mettent en route. Se voudrait-il, accueillant..j’ose dire, gentil ? Ma bouche s’étire imperceptiblement, en guise d’un sourire compatissant. Comme si je méritais ses bonnes manières..c’est absurde.

" Je m'appelle Hawke. Hawke Mazabath. Libraire à Nemausus. Rassurez-vous... je suis ici par cause d'insomnie indésirée, et non pas comme... pour... euh... "

Il jette un coup d’œil gauche vers les deux inquisiteurs , qui éclatent de rire avec une force impressionnante. Mon sourire s’élargit. C’est drôle.... C’est marrant, au sens propre du terme d’ailleurs. Progressivement je sens que mon stress s’écoule, s'évacue, et mes épaules se redressent un peu. Croyait-il que je le soupçonnerais ? Apparemment, oui. Et c'est comique..Tout doucement, je rigole en silence. Plus fort que moi. Je crois..je crois que je craque moralement. Vous savez, il y a toujours l’après coup après la chute. Et là, je crois..que ça arrive, maintenant.

" Enfin vous comprenez, j'imagine ! "

Les yeux pétillants, je me mords la lèvre sans me départir de mon euphorie. Mon coeur bat la chamade. Je ne sais pas si je vais rire ou pleurer. Mais je craque. Et je ne dois pas. Non..non , je ne dois pas me relâcher..pas maintenant. Pas devant lui. Non..Reste calme Selena. Je lève le bras, pose mes doigts contre ma bouche. Reprendre contenance..se reprendre.

« - Oui, je comprends … »

Temps de latence, je me tais quelques secondes. Mon rire s’estompe. Maintenant que j’arrive à penser correctement, pourquoi est-ce qu’il me dit ça ? Porte-il de l’importance à mon jugement ? …Ca serait tellement...bête. Je ne suis pas grand-chose.

« - Je le sais très bien, depuis le debut »

J’ajoute, je lâche ces mots avec beaucoup de banalité. Et ca m’étonne, parce qu’ils ont glissé hors de ma bouche trop naturellement. Mais je n’ai pas envie de réfléchir. Par peur sans doute de perdre mon sang froid.
Ignorant la porte d’entrée de la taverne, l’image passée d’une ombre, je prends les devants.
J’ai envie de rester, là, à l’instant. Envie aussi –même si je n’ose me l’avouer- de ne pas être seule. Pas ce soir, pas ici, pas maintenant.

« - Il serait préférable de s’assoir »

Le visage plus calme, les traits adoucis, je lui montre des yeux une table sur lequel un verre est posé, où choient des feuilles, à moitié raturées. Plus réceptive à ce qui m’entoure, je suppose que c’était sa place. Qu’il était assis là, quelques minutes auparavant. Et si je fais fausse route, tant pis...Personne ne viendra se plaindre.
En pleine connaissance de cause, j’évite son regard, m’avance vers la chaise. Pour peu, je serais prête à avaler quelque chose de fort, poignant, pour ma gorge extrêmement rêche. Mais je n’oublie pas que mes poches sont vides, que je suis complètement perdue ici ; et qu’une âme charitable me prend pour quelqu’un de bien.
Alors soyons raisonnable..

Doucement, je me laisse tomber sur le siège en un soupir. Mes doigts gelées se posent distraitement sur mes joues, mes coudes prennent appuient sur la table et j'humecte mes lèvres. Simple réflexe face à ma soudaine fatigue.
Je plonge mon regard sur les feuilles , et ce que j’avais pris pour des ratures, se distingue dorénavant à moi avec plus de précision. Sans quitter des yeux les croquis, j’entends la chaise voisine grincer.

« - Vous dessinez ? » Il se peut que cela ne soit pas ses feuilles, pas son verre, pas sa table...Il se peut, il est vrai. Ma voix tremble doucement, rompue par une note subjuguée. Je lève enfin mes yeux délavés vers son visage, comme indécise.


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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Lun 24 Nov - 23:13

Hawke aurait, bien entendu, accepté que la jeune fille tourne les talons pour s'en aller vaquer ailleurs que près de lui. Il ne pensait pas être quelqu'un d'encombrant, collant, ou quoi que ce soit. Lui non plus n'appreciait guère que l'on marche sur ses talons alors qu'il n'aspirait qu'à être seul et tranquille. Pourtant, il aurait surement été véxé, paradoxalement. La jeune fille à laquelle il avait adressé une petite phrase simple, sans fioriture, rien que pour détendre l'atmosphère, sembla sourire un instant. Hawke n'aurait pu dire s'il s'agissait là d'un sourire sincère ou hyppocrite. Il s'en fichait, il avait fait rire cette jeune fille, et c'était là tout ce qui comptait à ce moment. Car son air avait fait peine à voir au passage de la porte d'entrée. Peut-être que la peur engendrait le rire. C'est en tout cas ce que pensait le jeune libraire vis à vis de la demoiselle. Une forte émotion en entraîne une autre, celle-là pas forcement désirée. Aussi, si la jeune fille avait rit, ce n'était surement pas que Hawke posséda un humour ravageur.

Plutôt parce qu'elle se sentait mieux ici que dehors, qu'elle venait d'echapper aux griffes d'une ruelle deserte et obscure. Hawke, sous le coup du léger rire de la jeune fille, sentit ses jours s'embraser de nouveau, comme il regardait sur le côté sans savoir quoi faire. Certes, il était soulagé de ne pas s'être attiré les foudres d'une quelconque personne. Il avait toujours été de nature anxieuse, voir paranoïaque. Provoquer des problèmes sans le vouloir était son sport favoris. Surtout quand il désirait arranger les choses, Hawke ne faisait souvent que les empirer. Mais là non, visiblement. La jeune fille coupa son rire d'une proposition qui embarassa Hawke quelques secondes. Si elle désirait s'asseoir euuh... il ne fallait pas être idiot pour comprendre qu'elle n'allait pas s'asseoir... seule ! Et la simple idée, en quelques sortes, de tenir compagnie à une jeune fille, placa Hawke dans une situation instable. Pourtant, il avait toujours eu le don utile de savoir masquer ses sentiments. D'un sourire, d'une légère inclinaison de la tête, Hawke ne laissa rien paraître de sa timidité. Il acquieça doucement, indiquant à la jeune fille qu'il était du même avis qu'elle. Mieux valait ne rien dire plutôt que de begayer une nouvelle fois...

Le libraire sembla vouloir ajouter quelque chose, mais la jeune fille se dirigeait deja vers une table. Sa table. La table sur laquelle se bataillaient feuilles et fusains... et choppe d'alcool ! Oups. Hawke, nerveux, se passa les doigts dans les cheveux, priant pour que la demoiselle ne le remarque pas. Il venait de lui démentir le fait qu'il était différent de tout les pochtrons accoudés au comptoir donc bon... Timidement, Hawke s'avanca à son tour vers sa table, au dessus de laquelle la jeune fille venait de se pencher. Elle ne lui avait pas dit son nom, à défault de connaître à présent le sien. Hawke acceptait cela avec lucidité. De toutes manières, il n'allait pas secouer la malheureuse pour savoir son nom... La jeune fille regardait ses dessins. Le libraire sourit d'un air un peu crispé. Non pas qu'il n'aimait pas montrer ses essais... disons plutôt que personne ne s'y interessait jamais ! Le fait qu'un regard, autre que le siens, se porte sur ses croquis, provoqua chez le jeune homme une drôle de sensation, comme d'avoir exposé une partie de ses sentiments sans le vouloir. Chacun de ses dessins était un morceau de lui. Infime ou gigantesque. Hawke se perdit un instant dans ses pensées, le dos appuyé contre le mur, observant cette drôle de scène d'une jeune fille s'asseyant à sa table, le regard errant le long de ses dessins, esquissés rapidement quelques instants auparavant.

L'un d'entre eux representait, de dos, les trois saoulards du comptoir. Sur le parchemin, ils empreintaient une certaine mélancolie, ou bien un humour un peu cynique de critique populaire, comme ces trois hommes pouvaient symboliser le malheur ou la franche camaraderie. Un autre croquis laissait paraître les contours d'un visage, dont seuls manquaient les yeux, et dont la chevelure emplissait le reste du papier de mille et unes arabesques. Inversement, une troisième feuille devoilait un regard. Juste un regard. Mais un regard terrifiant, poignant, comme Hawke parvenait, d'un simple trait, à faire ressurgir de profondes émotions chez les gens. Le jeune libraire, au bout d'un temps, osa s'asseoir discretement en face de la jeune fille. Ironie quand on sait que c'était lui qui avait choisi de s'installer ici. La demoiselle, sans relever ses yeux des nombreux dessins eparpillés, s'adressa au libraire. Celui-ci ressortit d'un coup de ses rêvasseries et cligna des yeux, mettant quelques secondes à assimiler sa question indirecte.

" Je... Oui je... j'essaye du moins ! "

Hawke rit doucement d'un rire nerveux. Puis, un peu honteux de cette réaction bêbête, il ajouta, sur un ton plus posé - qui le surprit d'ailleurs - :

" Je souhaite qu'ils soient réussis. Quoique je dessine plus pour passer le temps qu'autre chose. "

Hawke s'adossa dans sa chaise et croisa les bras, comme il ne savait pas quoi en faire.

" Comme pour ne plus trainer dans la rue en pleine nuit, par exemple ! "

Le jeune libraire avait bien envie de savoir ce qu'avait fait s'ammener la jeune fille jusque dans cette miteuse taverne. Pourtant, il savait pertinement qu'il n'y parviendrait jamais. Peut-être, de toutes manières, n'avait-elle pas envie d'en parler, ce qui serait logique. Hawke jeta un regard de côté. L'ambiance retombait soudain dans un calme tranquille. Plus d'eclat de voix, plus de verre brisé sur le sol ! Même la serveuse semblait paisible à essuyer les verres derrière le comptoir. Hawke lacha d'un air un peu evasif.

" D'habitude je me terre chez moi. Au moins ce soir je decouvre des horizons bien différents que ceux de ma modeste librairie ! Euh... je ne sais même pas pourquoi je vous raconte tout ça, excusez-moi, je... je dois être un peu malpoli sur les bords. Ou au moins trop bavard, qui sait. "
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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Mer 26 Nov - 14:25



Pour peu, j’aurais presque oublié pourquoi et comment je suis arrivée jusqu’ici. Assise sur une chaise bancale, face à un homme discret, convivial. Non pas que j’ai courte mémoire, mais plutôt car l’ambiance générale de la taverne me repose lentement..extrait de ma conscience le malaise, le place au rang secondaire.
D’ailleurs, cela me fait un bien fou ; et je pense que quiconque serait capable de le voir, tellement mon visage s’est adouci, cédant à des traits sereins. Plus loin, j’accueille des bruits de verre qui teintent à mes oreilles en une douce mélodie, apaisante, relaxante. La fumée de tabac, petite chape de brouillard âcre, ne me semble être plus qu’un nuage lissant les contours, pour mieux les représenter.
Ce que je croyais dur comme fer, être l’antre malfamée qui muterait ma soirée en angoisse, s’avère en réalité une occupation presque..banale. Une sorte de revirement de situation, si on y réfléchit. Qui aurait pu y croire ?
Dans un état de plénitude, je le regarde.

Il rigole doucement, avec une nervosité dans sa voix qui me pousse à ne pas le quitter des yeux. Incroyable à quel point il peut , en cet instant, être plus crispé que moi. Ou, peut être pas si incroyable que ça finalement...
Mes lèvres esquissent un petit sourire compréhensif. Après tout Selena, tu n’y es pas allée de main morte. Il n’y a que toi ici qui l’aie oublié. D’un geste inconscient, presque instinctif, je pose mes mains sur la table. Attrape les feuilles aux passages.
Mon regard détaille les contours, qui se dévoilent avec plus de précision cette fois. Le visage reposé, j’essaye de deviner la représentation de ces images. Ce qui n’est d’ailleurs pas difficile.
Moi, qui n’aie jamais réussi un seul dessin de toute ma vie, j’ai l’impression d’être en face d'œuvres d'art. Peut être est-ce le cas ? Impassible, je jette un coup d’œil aux hommes du bar, regarde à nouveau..mes yeux faisant plusieurs fois l’allée retour entre la feuille et le comptoir.
Nouveau sourire.

" Je souhaite qu'ils soient réussis. Quoique je dessine plus pour passer le temps qu'autre chose. "

« - Vraiment ? »

Etrange. Tout le monde semble avoir trouvé un passe temps dans sa vie, comme un détail parmi tant d’autres. J’ai souvent pensé à en faire parti, mais je ne suis pas douée . Pas assez rêveuse, trop terre à terre, peu consciencieuse aussi. Je l’envie, lui, qui peut arriver à faire vivre une scène, à partir d’un trait noir sur un fond blanc.
Machinalement, je change de dessin.
Et le regarde, laissant mes yeux s'affranchirent de la moindre réaction. Si c'est le néant , au niveau faciale, mon coeur lui, si paisible il y a quelques minutes, bondit avec une telle rapidité que je perds pied.


" Comme pour ne plus trainer dans la rue en pleine nuit, par exemple ! "

Je l’entends , mais ne l’écoute pas. Ne parle pas.
Très doucement, avec une timidité dans mon geste qui arrive à tenir la distance entre ma perceptions visuelles des choses réelles et imaginaires, j’effleure du bout du doigt le dessin. Ce dessin…ce détail.
Touché presque palpable. Une petite pression contre le fusain, je sens les contours trop noirs..Non..Impossible.. Mon pouls s’accentue , le coin de ma bouche frémis. Imperceptible malaise.
Mon dieu..Ce dessin..ces yeux. Comme subjuguée, dans un sens très mauvais..trop mauvais, je cesse de respirer. Mes mains s’agitent sur le bord de la feuille. Le froid m'envahit..

"...D'habitude je me terre chez moi. Au moins ce soir je découvre des horizons bien différents que ceux de ma modeste librairie !..."

Je sursaute, et cette réaction m'extrait avec une violence inouïe des chimères , horribles visions qui m'oppressent. Sans réfléchir d’avantage, je repose maladroitement les croquis, les pousse , les renvoie vers leur propriétaire. Ces dessins.. qu'on les éloigne de moi, qu'on m'éloigne de cette vision.

"...Euh... je ne sais même pas pourquoi je vous raconte tout ça, excusez-moi, je... je dois être un peu malpoli sur les bords. Ou au moins trop bavard, qui sait. "

« - Oui...ou plutôt non ! pardon ! Je veux dire..non..bien sûr que non. »

Arrive-t-il à voir le peu de couleurs qui a quittés mes joues ? Je les frotte pour me donner contenance, reprendre mes esprits. Mais même là, j’ai l’impression de couler dans les limbes de ma peur. Cette esquisse, ces yeux vides arrogants, sauvages, emprunts de folie... étaient si réalistes..C'était..tellement....ressemblant.
Serait-ce possible ?
Comme un éclair, une image défile. Je me retiens de trembler.
Non.
Non , non non. C’est fou, absurde ! Ce n’était qu’un dessin. Oui, rien qu’un dessin ; un petit bout sur un petit bout de chose! Mal à l’aise –et c’est enfin à mon tour dorénavant- je regarde le verre à moitié plein. Juste en face de moi , je sens que mon voisin me dévisage..d’une drôle de manière ?
Je secoue faiblement la tête, m’arrache un sourire au passage.

Qui pourrait prendre des coups de crayon pour un souvenir..Vraiment..qui ? Petit à petit, le silence de la taverne m'empêche de réfléchir convenablement, ce qui est mieux. Je repars vers la quiétude de ma situation, essaye du moins de m’en convaincre, en oubliant mes pensées.
Et ça marche, ça à l’air de marcher lorsque je plonge mes prunelles claires dans celles de l’homme, à nouveau. Vainement dépitée, quelque chose m’accueille de façon inattendue. Le bien-être. Une tranquillité que je n’arrive , d’habitude, qu’à trouver après des heures. Serait-ce grâce à lui ? Serait-il capable d'effacer un peu de mon angoisse, de mes questions? Car si il ne les raye pas, il les évaporent un moment. Et c'est déjà beaucoup..
Muette, j’essaye de considérer le visage du jeune homme sous un angle différent. Je crois.. –je ne suis pas sûre mais je crois- que ces yeux, les siens, me redonnent confiance. Je peux me dire , qu’il existe encore des gens délicats dans un lieu aussi offusquant, qui arrive à se soucier de mon comportement –pour le moins étrange. Et ça me rassure, un peu.. Oui , c’est sûrement sa façon de m’aider, alors qu’il ne me connait pas. Sûrement ça, qui arrive à me rendre si..naturelle.
Évidemment , inutile de le mettre au courant de mes ennuis. Parce que moins il en saura sur ma personne , ma misérable vie, sur mon caractère fragile ; mieux cela vaudra, pour lui comme pour moi.
Maintenant, au point où j’en suis , pourquoi ne pas rayer les quelques règles établies ?

« - Vous n’avez pas fini votre verre ; pourtant l’alcool fait du bien »

Je lui lance cette réplique sur un ton à la limite d’un humour misérable. Façon de le taquiner, de lui prouver par la même occasion, que boire ne signifie pas être un homme sans vertu. Homme comme femme, d’ailleurs. Je fixe les lueurs de la choppe transparente.

« - Drôle de mixture au passage » lui dis-je, impossible de me retenir. Même si j’en connais peu dans le domaine des beuveries, cela ne m’empêche pas d’être agréablement surprise face aux boissons. Une humeur sincère cette fois , s’empare de mon visage. Proche de l’ataraxie, oublieuse de ce qui me raccroche à la fragilité.
J’en viens, par un procédé psychologique inconnu, à me concentrer entièrement sur mon voisin. Hawke …libraire , était-ce bien ça ? Oui , et un insomniaque par surcroit..comme beaucoup de gens dans cette ville.
Pourtant, je préfère cet état, aux rêves..Ce n’est jamais une partie de plaisir, lorsque vous vous retrouvez enfermé dans des songes trop réels. C’est un point de vue ; qu’est-ce que des cernes face à une fatigue morale ?..
Je passe une main dans mes cheveux, remets une mèche derrière mon oreille.
Oui mais…
Presque tentée de le plaindre, je quitte le remontant des yeux. Son visage fatigué, il me crible de tritesse. Car il y a toujours ce 'Oui mais'.
Un 'Oui mais... ne pas pouvoir dormir, n’est-ce pas la preuve tangible que le sommeil vous terrorise ?'
A cette pensée, une envie vient frapper aux portes de ma mélancolie, démesurée. Celle incongrue de finir toutes les bouteilles de la taverne.

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Hawke Mazbath


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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Ven 28 Nov - 20:20

Hawke n'osait plus vraiment bouger. Il retenait même sa respiration, et manqua s'étouffer après plusieurs secondes en suspend, sans oxygène. Ce qui se comprenait. Son regard se voulait fuyant, comme il n'aimait pas fixer les gens, darder sur eux un regard qui ne cillait pas. Non, il préférait promener son regard autour de lui, un peu comme un hibou. Comme la jeune fille avait attrapé un de ses dessins, toujours éparpillés sur la petite table de bois, le cœur de Hawke s'emballa. Allait-elle porter un jugement ? Bon ou péjoratif, le jeune libraire ne l'espérait pas. Il n'était pas habitué à ce que l'on critique ses dessins. Aussi en avait-il peur, de ces critiques. De n'importe quel aspect dotées, elles le placeraient dans une situation embarrassantes. En effet, si le jugement était mauvais, si ses dessins ne plaisaient pas, alors Hawke était bien capable de se plonger dans une profonde mélancolie méditative. Et cette mélancolie pouvait très bien engendrer une grande tristesse en lui. Même si ses dessins n'étaient esquissés que pour son propre plaisir. Paradoxalement, si les jugements se voulaient positifs et chaleureux, alors Hawke, trop heureux et soulagé, verrait ses joues s'enflammer comme jamais ! Et ça, il en était hors de question. Pas ici, pas devant cette jeune fille.

Bien qu'il ne la connaisse ni d'Eve ni d'Adam, Hawke ne pouvait s'empecher d'eprouver pour elle une sympathie étoffée, une comprehensivité grandissante comme elle semblait se détendre peu à peu. Pourtant, bien que ses traits se decrispèrent sous les effets, probablement, de l'ambiance qui baignait la taverne, le jeune libraire n'oubliait pas son expression effrayée dans son entrée. Elle avait semblé si pâle qu'elle en était presque devenue transparente et cette vision avait attisé la curiosité de Hawke, lui qui pourtant n'était pas de nature à fouiner dans la vie des autres. Il n'oubliait pas son visage apeuré. Hawke n'oubliait jamais rien. Il prit son courage à deux mains pour de nouveau porter son attention sur la jeune fille, et masqua ses embarras divers derrière un timide sourire. Et pourtant ce sourire s'effaça bien vite. En effet, la jeune fille avait attrapé un nouveau dessin, un parmi d'autres. Hawke n'était pas dupe. Plus les yeux de la jeune femme parcouraient le croquis, plus son teint se décomposait. Ses mains... Surtout ses mains. Comme elle tremblaient, Hawke ouvrit la bouche pour dire quelque chose, tendit la main en signe d'aide. La jeune femme reposa le dessin vivement avant de le repousser, lui et les autres dessins, comme un enfant repousserait une assiette d'épinards. Hawke masqua sa surprise. Sa déception aussi.

Discrètement, il jeta un regard au dessin qui, visiblement, avait mis la jeune fille dans de graves émotions. Le dessins était celui des yeux. Des deux yeux sans rien autour. Il est vrai qu'ils étaient monstrueusement réalistes, perçants, étaient capables d'arracher en vous quelques sentiments disparus. Hawke, bêtement, s'en voulu de l'avoir laissé à l'attention de la jeune fille. Il culpabilisait, alors qu'il n'y était pour presque rien. Il n'avait pas pu savoir. Le jeune libraire préféra ranger ses affaires, libérant la table, la déchargeant de toutes ses feuilles et ses fusains. La jeune fille reprit quelques couleurs une fois que le dessin n'était plus sous ses yeux. Elle lâcha une remarque qui fit sourire Hawke d'un sourire un peu malicieux. Sans vraiment le vouloir, les mots glissèrent de sa bouche dans une petite cascade maladroite:

" Surement, je suis d'accord. Mais s'il fait du bien alors... vous en avez certainement plus besoin que moi "

Hawke laissa quelques secondes s'écouler, sans s'apercevoir immédiatement de la légère mal politesse qu'il venait de lâcher. Quand ce fut le cas, quand il assimila sa pseudo-bourde, le jeune libraire s'enlisa dans sa gène. Il se passa plusieurs fois la main dans ses cheveux, signe qu'il ne savait plus sur quel pied danser à ce moment.

" Je veux dire que... Vous n'étiez pas... Pardonnez ma maladresse mais... Tout à l'heure, vous ne sembliez pas vraiment... Disons... "

Quel imbécile, decidemment. Par chance, ou pas, à l'instant où Hawke se grattait de nouveau la tête en tordant sa bouche dans une attitude qui prouvait bien son malaise, une ombre passa devant la basse fenêtre qui surplombait la table sur laquelle tronait toujours sa chope à moitié vide. Le jeune libraire sursauta, tourna vivement la tête, jetant un regard etonné au dehors. La fenètre donnait sur la rue. Il n'avait pas rêvé, quelqu'un était bien passé devant. Vite. Furtivement. Ou alors peut-être ce quelqu'un était-il resté derrière le vitrail et venait tout juste de s'enfuir, qui sait ? Hawke sentit un frisson lui glisser le long de l'echine. Néanmoins, il se sentit soulagé de ne plus avoir à chercher ses mots. Cette ombre... était-ce quelqu'un ? Ou quelque chose ? Le jeune libraire chassa cette interrogation de son crâne, comme il savait pertinemment que la peur ne devait pas être reine de cette soirée. Surtout pas !

" Les rues de Nemausus ne sont plus très sûres la nuit. Je l'avais oublié. "

Dans un geste un peu hesitant, Hawke tendit sa choppe vers la jeune fille. Plus par compassion, sympathie, qu'autre chose. Il lui sourit gentiment, tentant en vain de la rassurer, comme le doute grossissait en lui : Cette chose au dehors était certainement la cause de sa venue ici...

" Sachez bien que je ne veux pas vous empoisonner ! "

Piètre humour mais sincère gentillesse !
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Selena Tleïkva
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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Sam 29 Nov - 3:06



" Surement, je suis d'accord. Mais s'il fait du bien alors... vous en avez certainement plus besoin que moi "

J’en ai besoin, moi ? Je me mords la lèvre, subitement consciente de la tête que je dois avoir, des réactions qui doivent être si déprimantes. Face au verre de la boisson, j’entraperçois mon regard. Par la même occasion , me fige.
En avoir besoin ?..Il n’a peut être pas tord.
Après tout, il faut être aveugle pour ne pas remarquer les traits de mon visage, tirés, rêches, marqués.. Pour ne pas constater à quel point j’ai la face blême, les lèvres sèches. A quoi m’attendais-je ?

Avec un peu d’espoir, j’espérais que cela ne puisse pas se voir.
Je me disais –malgré-moi- que décrocher un sourire m’afficherait plus posée, presque normale. Que j’aurais pu faire comme si..comme si je n’étais pas atteinte, comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Mais ça ne va pas , apparemment. Je suis incapable d’être assez forte. Encore moins pour réussir à masquer mes sentiments.

Selena, tu es vraiment pitoyable...
Il ne faut pas trop t'en demander, surtout lorsqu’il s’agit de tes pensées, de tes paroles et de ta réflexion.. A plus juste titre, tu aurais du t’y attendre.
C’est vrai...J'aurais du. J’ai trop espéré venant de moi. Et lorsque la terreur s’est emparée d’un simple morceau de papier, je ne fus pas même fichue d’oublier. Trop térrorisée, je l'étais..Lorsqu'il m'était apparu, ce regard , devant moi , en moi , j'avais eu envie de fuir... Il était tellement lointain et proche à la fois, que mon instinct à trépassé ma raison. Quiconque de censé, de normalement constitué, aurait fait mine d’être à l’aise, pour plonger son angoisse dans une dose considérable de dialogue. Mais il m’est impossible de réagir ainsi…Impossible.

Trop atterrée pour parler, je me contente d’acquiescer doucement de la tête à sa réplique. La gorge nouée, je le regarde sans le voir vraiment. Sa phrase m’interpelle à nouveau, me tire de mon lit de morosité.
Avoir besoin ?..Peut être ai-je plus besoin que quiconque dans cette taverne d’un remontant à la hauteur du trou qui accompagne mon sourire.. Tout comme j’ai peut être le visage le plus blanc, le moins attirant de ce bar, avec mes cernes, mes cheveux ternes, mon air traumatisé… Oui , peut être.

En ayant l’impression d’être totalement reculée de la situation, je pose mes prunelles incertaines dans les siennes. Je le vois fourrager dans ses cheveux, sensiblement gêné. Et malgré moi, mon humeur remonte d’un cran..
Je ne sais pas pourquoi, je n’en comprends pas d’avantage ; pourtant, à chaque fois que je le fixe , lui et ses attitudes enlisés, mon moral redresse l’échine… Pourquoi ?

" Je veux dire que... Vous n'étiez pas... Pardonnez ma maladresse mais... Tout à l'heure, vous ne sembliez pas vraiment... Disons... "

« - pas vraiment heureuse » murmuré-je au moment même où sa phrase se noie. Immobile, le regard dans le sien, je ne dis rien d’autre. Non pas car je souhaite l’engloutir dans son malaise, mais juste car je n’ai rien d’autre à ajouter.
Enveloppée dans une fumée bien différente du tabac qui stagne dans l'air, un petit détail me raccroche cependant à la réalité des choses. Les yeux du jeune homme, si immobiles il y a quelques secondes quittent mon visage pour se braquer derrière moi. Je le détaille attentivement. Il fronce les sourcils, comme partagé, puis , soudain, il sursaute. Si vite, et si fort que mon corps réagit à une vitesse qui me prend moi-même au dépourvu. Je me retourne, fais face à une fenêtre poussiéreuse. Mais ne vois rien.

« - Qu’est-ce… ? » Je marque une pause, qui se transforme progressivement en silence. Oh non.. non, non non.
Mon cœur s’emballe, mais mon visage, pour la première fois, est toujours le même. Tout simplement car j’essaye de me convaincre qu’il n’a rien découvert derrière ces carreaux. Strictement rien.
Mon buste regagne sa position initiale, ma figure, elle, ne transgresse aucune règle.
J’étais prête à lui demander ce qu’il avait aperçu. J'en avais presque envie . Mais je me rends compte, maintenant, que je ne veux plus le savoir. Je ne veux pas…Je..n’en ai pas envie.
D’ailleurs..Ce n’est pas censé arrivé, que mes hallucinations soient visibles par les autres..non ? Le cœur au bord des lèvres, j’inspire silencieusement.
...
Du calme..Selena, calme-toi. En y réfléchissant attentivement, qui donc te dit qu’il a vu une ombre dans la ruelle ? Il pouvait s’agir de n’importe quoi. D’une feuille qui s’envole, d’un chat qui bondit. Peut être même, qu’il ne regardait pas dehors. C’est vrai..il y a tellement de choses autour de nous deux, et il semble si gêné, que n’importe quoi , vraiment n’importe quoi , aurait pu le surprendre. N’importe quoi et surtout pas ce à quoi tu t’attends.
Alors cesse de t’inquiéter.

" Les rues de Nemausus ne sont plus très sûres la nuit. Je l'avais oublié. "

Je l’écoute…Moment de latence. Mes doigts gelés pianotent sur la table , sans que je ne leur en ai donné l’ordre. Pourquoi dit-il cela, si ce n’est pour créer un rapport évident avec ce qu’il a…a vu derrière moi ? J’ai beau ne pas avoir envie de comprendre, la relation se fait d’elle-même. Il l’a vu, n’est-ce pas ? Mon horrible fantôme, celui que je croyais être un effet de mon imagination , il l’a vu ?
Mes lèvres s’entrouvrent à peine. Je respire, souffle haletant, presque suppliant, pour chasser les cauchemars qui s’insinuent dans ma tête..qui me font perdre le fil..Alors c'est le cas ?..Oh Mon dieu, mon dieu il est là. Là, à quelques mètres. Là, depuis le début. Il est toujours là et il m’attend..
Ce monstre attend que je sorte pour en finir avec ma pauvre existence.

Si je n’étais pas aussi longue à la détente, je crois que mon corps rendrait les armes à l’instant. Trop de stress, trop de signes et de présages, trop de mauvaises choses en si peu de temps ; pour mon émotivité limitée. Qu’on fasse quelque chose..mais très vite, parce que c’est un exploit que mon pouls soit si régulier, ma silhouette immobile. Que l’on vienne, me tendre une infime chance de me reprendre. J’accepte tout.

Aussitôt, presque au même moment , mon voisin me tend sa choppe. Surprise, je le toise avec un brin de..stupeur ? C’est le mot. La respiration coupée, j’entrevois dans son regard l’étincelle de commisération qu’il me transmet, comme pour exprimer son désarroi face à ma situation. Est-il permis d’avoir en face de soi , des personnes si soucieuses de votre peine ?
A nouveau , je me mords la lèvre. Tellement prévenant, je ne devrais pas profiter de son sourire, de son aide, de lui..Mais à quoi bon refuser maintenant ? De toute manière, je n’ai pas le choix.
Mes gestes se font timides lorsque j’accepte le récipient qu’il me propose. Dans ma main, c’en est presque chaud , le contact du verre contre ma paume. Je frissonne.

" Sachez bien que je ne veux pas vous empoisonner ! "

Ma bouche s’étire. Moi qui croyais être incapable du moindre sourire, je constate que ce jeune homme a encore des réserves qui me sont inconnues. Pourtant, ce ne fut pas faute d'essayer, de comprendre comment il s’y prend. Mais tout, de sa fâcheuse manie à vouloir apporter son aide , de ses dessins à ses blagues, tout de lui m’échappe. Après réflexion..peut être est-ce pour cela que je me sens si à l’aise en sa présence. Oui..il se peut.
Sans réfléchir d’avantage, je pose mes lèvres contre la paroi du verre.
Et bois.
Ma gorge se détend à l’instant. Les sanglots qui stagnaient à l’intérieur, se font happer par la gorgée que j’avale de travers ; et je ne peux m’empêcher de tousser. A côté de moi , j’entends le jeune homme rigoler.
Un rire simple, compatissant , une dose en plus qui me délie la langue.

Et alors , les yeux larmoyants, le souffle coupé , je glousse à mon tour. C’est fou à quel point cette boisson est mauvaise, et tellement bienfaisante à la fois. Fou comme un petit ricanement fait lâcher du lest dans ma conscience. J’ai la drôle d’impression que ma trachée est en feu et…j’adore ce fait !
Presque coupable , et devant le libraire à son tour étonné , je finis la choppe en un temps record, avant de la poser sur la table d’une façon qui égalerait presque les habitués de la taverne. Le bruit du bois résonne en écho, et quelques visages se retournent.
Une minute..
...Attendez..c’est moi qui aie posé la choppe de cette façon ?

Momentanément perdue sous le coup de mon attitude, j’étouffe un fou rire. Puis, les joues plus chaudes que jamais, je me tasse un peu sur moi-même. Histoire de calmer la situation.

« - Je.. » Mes mots stagnent. Je lève mes yeux vers ceux du jeune homme, surprise par ce que je viens de faire.

« - Je n’aurais pas du…tout boire. »

Exact. Il a déjà payé, inutile de m’offrir l’alcool en compensation. Pourtant, je viens d’en profiter un peu trop..
Avait-il l’intention, lui aussi, de s’abreuver ?
Prise de remord, je sens néanmoins une étrange félicité m’envahir. Comme si tout, ou pratiquement tout, s’ouvrait à moi. Que j’étais enfin capable d’oser le meilleur comme le pire. Mon instinct prend les devant, pour laisser ma réflexion sur le bas côté.

« - Je veux rester avec vous »

Là pour le coup, ça part un peu en vrille. Qu’est-ce qui me prend ? D’ailleurs, je ne suis pas sûre qu’il arrive à comprendre ce que je veux dire par là..Il serait bon de le mettre sur le droit chemin. Oui il serait bon.
Je me redresse, ça tourne un peu vers ma gauche..ou serait-ce ma droite ?

« - Je veux dire que.. »

Je me penche sur le table pour qu’il puisse m’entendre, sans que je n’ai à hausser la voix

« - Si vous êtes là, celui de dehors ne me fera rien »

Emprunt de clarté ton raisonnement Selena ! Encore meilleur que la première phrase. Il va me prendre pour une folle, n’est-ce pas ? Parce qu’après autant d’émotions, le fait d’avaler trop vite ne me réussit pas. Sans aucun doute, je perds les pédales.. Alors, folie pour folie, pourquoi ne pas y aller dans la perfection ?

« - Cette ombre, dehors , est-ce qu’elle partira au petite matin ? »

Ma voix tremble un peu, je passe une main sur ma nuque pour ignorer le tourment qui revient à la charge

« - Ou est-ce qu’elle me suivra longtemps ? »

Cette fois, c’est de la pure raison qui tinte dans mes vocalises. Fiévreuse, je le fixe avec une intensité qui m’oblige à rester penchée, trop affalée contre le mobilier. Autour de nous , je n’ai plus conscience qu’il existe des gens. Rien que ses iris et les miens, sa peine en réponse à ma fatigue, mon inquiétude dans le gîte de sa gentillesse.

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Hawke Mazbath


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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Dim 30 Nov - 18:35

Sans avoir posé de question, la jeune femme, assise en face de Hawke, venait de compléter sa phrase. "Pas vraiment heureuse". Le jeune libraire, qui un instant plutôt avait hésité à dire autre chose, préférait en rester là. Lui n'aurait pas dit ça. En entrant dans la taverne, la jeune fille avait paru bien plus que cela. Bien plus que "pas vraiment heureuse". Mais bon. Hawke n'était pas de nature têtue. Et puis peut-être ne valait-il mieux pas s'étaler plus sur le sujet, au risque de mettre tout le monde mal à l'aise. Le jeune libraire, donc, avait esquissé un sourire un peu morose, et hoché la tête lentement, approuvant la jeune femme de manière pas vraiment honnête mais prévenante et intelligente. Surtout que, dans un sursaut, Hawke avait reporté son attention sur autre chose. A travers la fenêtre, non, il n'avait pas rêvé, quelqu'un était passé furtivement. Quelque chose, un souffle, sans un bruit. Juste un rayon noir, rapide. Un simple clignement d'yeux et il avait disparu dans la nuit. A moins que sa genèse soit la nuit elle-même... Hawke secoua doucement la tête une fois la chose partie. La jeune femme n'avait pas manqué l'expression étonné du jeune libraire. Elle avait tourné la tête vers la fenêtre et regardait au dehors à son tour, lâchant une question à demi étouffée.

Hawke se mordit la lèvre inferieure, culpabilisant de s'être laissé avoir par sa mauvaise impression trop visible. En effet, la jeune femme semblait reprendre des couleurs peu à peu. Elle se remettait certainement du froid extérieur, de ses craintes ou de sa tristesse, comme elle s'était estimée non-heureuse quelques instants plus tôt. Alors lui rappeler les dangers des rues nocturnes était une bêtise impardonnable ! Hawke s'en voulait. Par chance pour lui, la jeune femme ne vit rien au dehors. L'ombre étant déjà dissipée, la rue, à travers le vitrail, replongeait dans sa sombre torpeur habituelle. Le jeune libraire observait attentivement les réactions de la jeune femme, comme elle plissait une dernière fois les yeux, en tentant de découvrir ce qui avait bien pu le faire sursauter. Quel imbécile... Vite, dire quelque chose, n'importe quoi. Mieux que les mots valaient peut-être les gestes. C'est donc gentiment que Hawke avait poussé sa choppe vers la jeune femme, en se fichant bien de savoir, finalement, si elle allait y boire ou non. Après tout, Hawke comprendrait très bien son refus ! Vu l'aspect général de la mixture proposée, n'importe quel esprit raisonnable ou méfiant aurait vite fait de faire la grimace et de secouer la tête énergiquement. Mais visiblement, à la semi-surprise du jeune libraire, la jeune femme pris la choppe dans ses mains. Une petite hésitation ? Même pas !

Hawke s'immobilisa d'un seul coup, comme frappé par quelque éclair, en regardant le niveau de la mixture baisser, baisser... Jusqu'à disparaître totalement. Le jeune libraire était scié. Il clignait des yeux, ne s'étant pas imaginé cela de la part de la jeune fille. Elle non plus visiblement ! Car une fois la choppe -brutalement- reposée sur la table, elle resta figée quelques instants, les joues s'empourprant en même temps que ses yeux se mettaient à briller d'une lueur étrange. Hawke n'osait plus bouger, la regardant de ses yeux ronds, tout comme les saoulards qui s'étaient retournés vers elle. Le jeune libraire s'extirpa de sa torpeur lorsque la jeune femme se mit à rire. Elle semblait tout aussi étonnée de ses actes que lui l'était de sa descente d'alcool. Dans une phrase entrecoupée, la jeune femme avoua qu'elle n'aurait pas dû tout boire d'un seul coup. Hawke voulu se retenir de rire mais n'y parvint pas ! Après tout... il préférait encore voir la jeune femme sourire après un verre trop vite bu plutôt que trembler après une mauvaise rencontre dans la ruelle noire. Hawke arrêta de rire comme il espérait qu'elle ne le prenne pas mal. Mais vu la couleur que prenaient ses oreilles, elle devait déjà penser à autre chose. D'ailleurs, la jeune femme venait de se pencher légèrement vers Hawke. Celui-ci, soudain, sentit l'appréhension se réveiller en lui. Et il avait raison !

Car la phrase qu'elle lâcha à son attention deux secondes plus tard eut le don de le mettre archi-mal à l'aise. Le jeune libraire déglutit, se recula un peu dans sa chaise et regarda autour de lui d'un air embarrassé, sentant le rouge lui monter aux joues pour la énième fois. La jeune fille vacilla légèrement sur sa chaise, s'étant rendue compte de l'ambiguïté de sa remarque. Hawke croisa son regard en ne sachant que dire. Il se tordait les mains sous la table. Par chance, la jeune femme reformula ses paroles. Bon. Le jeune libraire avait mis sa phrase trop rapide sur le compte du verre bu trop vite. Aussi esquissa-t-il un sourire à l'intention de la jeune femme comme pour lui faire comprendre qu'il ne lui en voulait pas, et qu'elle n'avait pas à être gênée ou quoi que ce soit. En revanche, elle reprit sa phrase en lâchant que s'il était là, avec elle, la personne dehors ne lui ferait pas de mal. Hawke avait donc visé juste. Elle avait était poursuivie avant d'entrer ici, dans la taverne... Il est vrai que des rumeurs courraient en ce moment. Cette ombre, tout à l'heure, n'était surement pas un hasard, un coup de vent, une feuille morte... Mais un danger. Un danger parmi d'autres. Hawke toussa, s'éclaircit la voix avant d'hausser les épaules doucement, et de lâcher d'une voix calme :

- Euh... Je ne sais pas si je vous serais d'une grande aide... Si quelque chose vous préoccupe, peut-être feriez-vous de prévenir quelqu'un d'une plus haute hiérarchie que moi qui ne suis que libraire. A la caserne, pour exemple. Quoique je ne pense pas qu'ils prennent toutes ces rumeurs très au sérieux.

Hawke regarda ailleurs. Il se tordit la bouche dans une moue hésitante. C'est vrai que nombreux étaient ceux qui se moquaient bien de savoir si Nemausus était hantée ou non. D'autres tremblaient la nuit en rêvant à des esprits malfaisantes. Ou d'autres, encore, s'en moquait totalement. Quitte à entrer dans une de ces trois catégories, Hawke choisirait cette dernière. Non pas qu'il s'en fichait, mais il préférait ne pas y penser, tout simplement ! Le jeune libraire jeta un nouveau regard au dehors. Le jour était encore loin de se montrer. Peut-être devrait-il passer la nuit à la taverne ! Parce que la crainte montait en lui, parce que les mauvais pressentiments se tassaient de plus en plus dans son crâne. La jeune fille le fit retourner la tête vers elle. La manière dont elle plongea tout à coup ses yeux dans les siens mis Hawke dans une situation embarrassante. Pourtant, il sentit que le moment n'était pas de détourner son attention sur autre chose que son regard. En effet, la jeune femme semblait recouvrer toutes ses raisons. Elle posa deux questions à Hawke. Celui-ci mit quelque temps avant de bien les assimiler. Comment répondre à ces interrogations quand on ne savait absolument quoi dire... Le jeune libraire chercha quelques secondes, poussant un léger soupir, preuve qu'il réfléchissait vraiment. Il croisa ses bras sur la table et regarda la jeune femme d'un air honnête et sérieux.

" Sans vous mentir, je n'en sais absolument rien. Mais je pense que oui, une fois le jour venu, cette... chose, vous laissera tranquille. Surtout si vous êtes entourée de plusieurs personnes, si vous vous enfoncez dans la foule. Après tout, je ne vois pas pourquoi on vous en voudrait personnellement. "

Hawke s'aventurait sur un terrain miné. Il ne savait rien de cette jeune femme assise en face de lui. Peut-être était-elle une voleuse, une brute sanguinaire qui tuait pour gagner sa vie. Peut-être que le fait d'être poursuivie était chose due. Mais Hawke en doutait. Il s'adossa dans sa chaise, gardant ses mains posées à plat sur la table.

" Je pense qu'il faut redoubler de vigilance. Peut-être qu'il ne s'agit que d'un gamin rodeur après tout. "
" Ben voyons ! "

Hawke sursauta. La serveuse s'était approchée de leur table, et avait visiblement attrapé au vol quelques bribes de sa conversation avec la jeune fille. Le jeune libraire porta sur elle un regard étonné. Pourvu qu'elle n'envenime pas les choses...

" Si vous voulez mon avis, il se passe des choses étranges ici. L'aut' fois encore, deux pov' garçons sont entrés ici complètement défaits, tout plein de sang. La serveuse agitait les bras pour théâtraliser ses propos. C'était pas beau à voir. Surtout qu'ils étaient devenus fous, ils avaient perdu l'esprit. Je les revois encore vociférant qu'ils s'étaient fait attaquer par des créatures qui n'étaient pas humaines. Je ne sais plus qui croire entre eux ou ceux qui se gaussent de ne rien devoir craindre. Mais ça fait quand même peur... "

Sur ce, la serveuse poussa un soupir, et tourna les talons sans rien ajouter d'autre. Hawke resta de marbre, ne pipa mot.
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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Mar 2 Déc - 0:16



Je n’aurais pas du.
Lui aussi , il n’aurait pas du me tenter avec son verre, ses sourires sages. Comme si je pouvais me permette la moindre sagesse dans l’état où je me trouve dorénavant. D’ailleurs, je dois avouer que c’est la première fois que ce genre de choses m’arrive.
Par première fois j’entends, cette chaleur qui grimpe sur mon dos, glisse sur ma gorge, fait monter des couleurs sur mes joues. Cette bouffée de bien être aussi, qui commence à faire tourner mon crâne, est une sensation nouvelle, indéfinissable. Ce n’est pas bon.. Pas bon du tout…Ne se rend-il pas compte de la bourde que je viens de commettre juste sous son nez ? Si jamais je commence à m’affaler sur la table, ce sera son affaire, qu’il se débrouille !
..Quoique, niveau affalement, je le suis plus ou moins pour l’instant. Ou, si je devais me redonner meilleure contenance, devrais-je dire que je suis très , mais alors très , penchée ; de manière à me craquer la colonne vertébrale, à m’enfoncer dans le bois.
Et le pire, dans cette situation..c’est que je n’y porte aucune importance. Normal ! Normal , d’être pareille à une théière qui infuse, à attendre que ca soit prêt , qu’on puisse enfin me sortir du feu. C’est tout à fait normal, pour peu que je commence à devenir aussi étrange que titubante.. Tout ça pour quoi ? Je veux dire..où cela me mène, et puis..à quoi je pensais au début ?
Voilà que .. je commence même à perdre le fil de mes pensées


"- Euh... Je ne sais pas si je vous serais d'une grande aide... Si quelque chose vous préoccupe, peut-être feriez-vous de prévenir quelqu'un d'une plus haute hiérarchie que moi qui ne suis que libraire. A la caserne, pour exemple. Quoique je ne pense pas qu'ils prennent toutes ces rumeurs très au sérieux."


A peine répond-t-il à ma question, que mon raisonnement se remet en route. Du moins essaye.
Mes deux prunelles limpides n’ont pas cessé de le voir depuis ces dernières minutes, mais maintenant que j’arrive à l’écouter convenablement, je fais plus encore : je le regarde avec une attention toute particulière. Devrais-je dire, que je l’entrevois d’une nouvelle manière ; ce qui –bien sûr- ne fait qu’augmenter l’effet de l’alcool sur mon corps. Réfléchir lorsqu’on boit trop est une mauvaise chose. Et j’en fais les frais.
La tête aussi lourde que du plomb, toujours affalée vers lui, je me mords la lèvre…Quelques mèches de mes cheveux tombent sur mon visage, piquent l’arrête de mon nez, mais je reste immobile. Premièrement, parce que je ne me sens pas la force –même infime- de redresser l’échine et encore moins d’arranger ce qui est devenu un comportement à la face irrécupérable ; deuxièmement car je me rends compte, à l’instant, que sa phrase n’est pas celle que j’attendais. Pas celle que j’avais espéré.
En parlant de rester ici, à ses côtés, ce n’était qu’une projection proche. Pas de celle qui vous pousse à aller demander de l’aide dans une caserne, ou tout autre sorte de bâtiment prévue à cet effet. Dans toute ma vie, rares sont les moments où j’ai pensé à ce genre secours. Ce que je souhaitais, ce n’était qu’un cas, une petite opportunité ..une bien souvent éphémère, qui me permettait de tenir jusqu’au lendemain. Comme maintenant.
Est-ce normal de vouloir ce genre de poignée de main, qui disparaît à l’approche du jour ?..Est-ce que c’est vraiment, quelque chose de raisonnable ?

" Sans vous mentir, je n'en sais absolument rien. Mais je pense que oui, une fois le jour venu, cette... chose, vous laissera tranquille. Surtout si vous êtes entourée de plusieurs personnes, si vous vous enfoncez dans la foule. Après tout, je ne vois pas pourquoi on vous en voudrait personnellement. "

Ah.
Point sensible, il vient de le toucher. Justement, pourquoi m’en voudrait-on ? Personne ne me veut du mal..personne sauf..Mes yeux se ferment avec une lassitude apparente.
Stop, stop stop..il faut que j’arrête d’y penser.. Oui.
Mes paupières se lèvent à nouveau. Les yeux rivés sur son visage, je reste muette, l’écoute ..essaye de faire abstraction de la pression qui s’exerce sur mon front.


" Je pense qu'il faut redoubler de vigilance. Peut-être qu'il ne s'agit que d'un gamin rodeur après tout. "


" Ben voyons ! "


Infime sursaut, mais pas assez pour que je puisse me tenir droite. Le dos mi-courbé , mi-relevé, je jette un coup d’œil à Mlle la serveuse. Une bien piètre profiteuse des situations, celle là..Si je n’étais pas si amorphe, incapable ..je lui aurais bien lancé mon verre à la figure..
Pourquoi? Aucune idée…Mais il n’empêche que, mes doigts me démangent drôlement.

" Si vous voulez mon avis, il se passe des choses étranges ici. L'aut' fois encore, deux pov' garçons sont entrés ici complètement défaits, tout plein de sang..."

Cette-fois-ci, je n’ai aucun mal à retrouver l’usage de mes articulations. La mine méfiante, je me redresse et prend appuie, avec précaution, contre le dos de la chaise pour m'éviter de sombrer dans les vertiges qui m’assènent. La femme, avec son tablier tâché, commence à faire de grands gestes. Pour peu, je l’imagine rejoignant ses congénères..ce genre d’oiseaux qui adore les commérages. Mon visage masque un rire peu amène, pour laisser à la place une impression de fatigue poussée.
Fatigue..parce que, quoiqu’il puisse m’en coûter, le fait qu’elle dise ce genre de détails , cela n’arrive pas à me rassurer..Pas le moins du monde.

"..C'était pas beau à voir. Surtout qu'ils étaient devenus fous, ils avaient perdu l'esprit. Je les revois encore vociférant qu'ils s'étaient fait attaquer par des créatures qui n'étaient pas humaines. Je ne sais plus qui croire entre eux ou ceux qui se gaussent de ne rien devoir craindre. Mais ça fait quand même peur. "

Alors que je souhaitais, quelques secondes auparavant, comprendre les dialogues, les mots et les paroles ; dorénavant, je fais le contraire. Plus l’envie de réfléchir , parce que je sais que cela me pousserait à méditer sur ces ragots, si jamais ce ne fut pas une invention de toute pièce, ce qui ne m’étonnerait guère.
Après une réflexion perdue à bon escient, je frotte mes yeux de façon machinale..laissant le silence s’installer. Tout proche, j’entends des bruits de pas qui s’éloignent de moi, de nous.
Tiens..Mlle Piaf s’en est allée, à tir d’ail, vers des contrés plus joyeuses. Bon vent, bon débarrât aussi. Je ne sais pas pourquoi je la déteste autant –parce que oui, je suis sûre de la détester malgré mon objectivité. Peut être car elle ne connait pas la politesse, lorsqu’on lui tend de l’argent. Peut être car..je n’ai pas avalé le fait qu’elle accepte la pièce de la part d’un homme trop gentil. Ou alors, peut être tout simplement, parce que c’était le destin. On ne peut pas apprécier tout le monde sur cette terre, n’est-ce pas ?
Les yeux rougis, je baisse ma main. Le libraire reste stoïque , assez crispée sous son air de médiateur surpris, et je ne peux empêcher à mes lèvres de s’étirer, pour la énième fois depuis ma venue dans cette taverne. Il faut dire que c’est toujours simple d’être joyeuse, lorsqu’on a autant chaud..

« - Bonne nouvelle, je ne suis pas la seule »

C’était de l’humour ? J’en ai bien l’impression... Preuve que les surprises apparaissent à tout coin de rue, partout. Malgré ma situation, j’arrive encore à plaisanter.. Mon sourire devient incertain, comme raccroché par un fil qui se suspend entre inquiétude, faiblesse et dérision.
Subjuguée par l’atmosphère enivrante du bar, je sens que ma respiration se heurte à une barrière d’euphorie. Cette dernière étant apparue avec une rapidité telle, que j’en oublie de me concentrer sur mon attitude. Elle se manifeste sous la forme d’une petite voix, assez désagréable, qui me pousserait presque à ouvrir la porte de cette satanée pièce étouffante, pour dire bonjour à notre ami le spectre.
Après tout, qu’est-ce que je risque ?..Peut être qu’il ne voulait pas m’attaquer. Et au pire, si jamais, je pourrais toujours le laisser. Je l’aurais bien mérité.
Moi qui n’ai pas conscience du danger. Moi qui profite de la gentillesse des autres. Moi qui est vraiment, une incapable.

Soudain, sans signe avant coureur, je me lève. Pendant un temps ma tête tourne, et mes doigts gelés s’accrochent à la table pour retrouver une stabilité perdue. Puis mes yeux se ferment..je respire longuement..fronce les sourcils.
Attendez..non, non. Je dérive. C’est cette choppe qui brouille mes idées, les extirpe dans le mauvais pan de mes pensées.
Vraiment ?...en suis-je seulement certaine? N’est-ce pas un signe, comme tous ces signes qui m’étaient auparavant défavorables, alors que je me concédais être en pleine faculté de mes capacités motrices, qui me montre la marche à suivre ?
Après tout , peut être ?
Il faut que je sache. Au diable la boisson , l’alcool , ma folie ! Si ce sont les causes de ma témérité, alors je suis pour !

J’ai besoin de savoir, si je suis courageuse.

« - Oui , j’ai besoin de savoir »

J’ai murmuré cette phrase un peu trop fort, et seuls les visages tournés vers moi m’en font prendre consciente. Pourtant, je suis ailleurs. Bien devant le libraire qui s’est soudain levé à son tour, partagé devant cette scène qui l’a pris de court et qu’il ne comprend pas ; j’ai pourtant l’impression de flotter autre part..vers un endroit qu’on pourrait nommer le courage , ou la folie , au choix –l’un et l’autre étant tellement similaires dans mon cas-.
Dans un effort surhumain, j’évite de regarder mon voisin , passant outre la peine qui dévore rageusement ma compréhension, lorsque je pense à quel point je dois tellement l’impliquer, malgré moi. Il a fait trop de choses pour compléter mes faiblesses, inutile de le stresser un peu plus. Mais je ne lui demande rien, cette fois...Cette fois, c’est à mon tour.
Quitte à être dévorée vivante par les songes qui rodent dehors, quitte à faire là un acte qui me portera préjudice et que je regretterais ; je le fais. Portée par l’ivresse, mais portée tout de même.

Lentement, le visage très sérieux, je quitte la table et avance vers la porte. Certains me hâlent doucement, d’autres m’ignorent et quelqu’un , derrière moi, me dit quelque chose que je n’entends pas. Pour me protéger, pour me pousser à rester ..pour que je parte ? Je ne sais pas, je marche trop de travers, mon crâne me lance avec tant d’intensité ; que je ne sais pas, que j’ignore..que je balaye d’un coup les sons.
Ma main se pose sur la poignée, et ce contact métallique contre ma paume m’arrache un frisson assez violent, qui réveille en moi un sentiment masqué. Au fond de mes entrailles, une peur me pousse à lâcher la porte, à partir en arrière et retourner m’assoir. Mais quelque chose de plus fort encore, m’immobilise. Mes doigts tâtent l’ouverture, enserrent puis..baisse l’anse de la porte.
Un courant d’air s’engouffre dans la taverne et me frappe de plein fouet. J’ai beau avoir froid, je n’ai pas le chic d’en prendre conscience. Je suis prête à avancer, à refermer la porte, mais soudain je sens que l'on me tire en arrière. Une force, encore dans la pièce, s'accroche à l'étoffe de ma chemise. Le souffle coupé, allègre sans savoir vraiment pourquoi, mes sens s’annihilent progressivement, ça devient flou ..autour de moi.
Un haut-le-coeur m'assène, au même moment qu'une constatation..dérisoire...
... Se pourrait-il, que je sois si ivre ?

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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Sam 6 Déc - 14:01

Hawke esquissa un sourire triste lorsque la jeune fille lâcha une remarque, comme quoi elle n'était pas la seule à avoir peur des événements étranges qui avaient lieu dans Nemausus en ce moment. La serveuse s'était éloignée de nouveau, et le jeune garçon ne put s'empêcher de lui jeter un sombre regard par derrière, rien que pour exorciser son agacement. Il essayait vainement de rassurer la jeune fille, avec ses quelques bribes de courage et d'imagination, et voila que la serveuse venait de tout casser. Peut-être fallait-il recommencer. En ce qui concernait cette soirée, Hawke avait tout son temps, il était bien prêt à repartir de zéro, ne serait-ce que pour de nouveau faire sourire cette jeune inconnue qui se trouvait toujours assise en face de lui. Parce que oui, Hawke avait beau rester devant elle, à siroter quelques boissons douteuses et dialoguer en pointillés de manière bizarrement naturelle, cette jeune fille restait une inconnue. Une personne, un visage, une esquisse de sourire ou un regard effrayé. Mais une inconnue, une voix légèrement tremblante, bien que ragaillardit par l'alcool.

Hawke ne connaissait toujours pas son nom, mais plus les minutes s'écoulaient dans le grand sablier de la nuit, plus il s'en moquait d'avantage. Oui, il s'en moquait bien. Même, il préférait ne pas le savoir ce nom. Au moins, il ne collerait pas d'étiquette sur son front trop pâle. Le jeune libraire soupira longuement. Il baissa les yeux, et laissa son index glisser au bord de la table tandis que des bruits de vaisselle résonnaient dans l'arrière de la taverne. Bientôt, les quatre pochtrons, encore eux, se levèrent difficilement, avant de rire une dernière fois à faire s'éclater les vitraux. Puis ils sortirent, ils disparurent dans la rue en se tapant dans le dos. Une fois les éclats de voix mués dans le silence, la taverne fut parcourue d'un courant glacé, lourd de calme, qui fit frissonner Hawke de la tête jusqu'au bout des pieds. Il restait seul à présent. Seul avec la jeune fille. Quelque peu gêné par ce silence soudain, le jeune garçon toussota légèrement. Déjà, il reportait son regard sur la jeune fille, et voulut dire quelque chose. Seulement elle lui coupa la parole, et lâcha quelque chose qui cloua le bec du jeune libraire. Celui-ci cligna les yeux, embêté tout à coup, assimilant ce qu'elle venait de dire. " J'ai besoin de savoir ". Voila ce qu'il craignait !

Ce que Hawke avait tenté d'esquiver durant tout le temps qu'elle se tenait devant lui. Mais avant que le jeune libraire n'ait pu dire quoi que ce soit, la jeune fille s'était déjà relevée, vacillante d'abord sous l'effet de la boisson, puis se dirigeant d'un pas plus décidé vers la porte de la taverne. Hawke se releva vivement à son tour, une fois ses esprits retrouvés. Il avait laissé une pièce sur la table, empoigné son sac besace, et sortit dans la rue sur les pas de la jeune fille si rapidement qu'il faillit la bousculer. Par chance il s'arrêta juste derrière elle. Les pochtrons, au bout de la rue, s'étaient retournés un instant vers eux en sifflant d'un air bourru. Puis ils s'éloignèrent définitivement, et Hawke frissonna une nouvelle fois, comme à chaque fois qu'il se retrouvait seul avec quelqu'un. Il fit quelques pas dans la rue, regardant autour de lui le cœur battant. Certes il n'était pas un chevalier téméraire plein de forces et de hardiesse. Mais si la jeune fille pouvait rentrer chez elle saine et sauve... ce serait l'idéal. Espérons-le, un idéal inespéré. Le jeune libraire plissait les yeux pour distinguer quelque chose au travers du brouillard nocturne. Mais soudain, un faible gémissement le fit faire volte-face.

La jeune fille vacillait, semblait s'appuyer contre le mur les yeux clos, le teint douteux. Hawke la rattrapa de justesse. Décidemment, l'alcool ne lui accordait aucune chance. Le jeune libraire sentait sa tête lui tourner également, pourtant il gardait le sang froid aux côtés de la jeune fille, comme il désirait que les craintes s'évaporent définitivement de ses esprits. Mais c'était surement trop demander, il n'avait pas assez d'armes pour ça. Si la jeune fille pouvait rentrer chez elle sans encombre, Hawke s'en verrait soulagé. C'est vrai qu'il se sentait coupable de son état. A lui, comme à elle. Mais lui, il se fichait bien de son état. Le plus préoccupant était le sien à elle. Hawke venait donc de l'empêcher de tomber à genoux sur le pavé. Il la retenait par les épaules en s'empêchant de trembler, comme il n'avait jamais posé la main sur qui que ce soit.

" Les réponses ne sont pas bonnes à être cherchées la nuit. "

Le jeune garçon fit une moue dubitative, relevant la tête, cherchant une solution, n'importe laquelle. Au bout d'un temps, quand il fut certain que la jeune fille se tienne mieux campée sur ses jambes, Hawke la relâcha, prévenant et attentif. Ce qu'il pouvait être idiot, vraiment. La bonne volonté l'avait poussé à proposer un remontant à cette jeune personne qui lui était apparue si décomposée, dans un but tout à fait positif. Quitte à être perdu, autant s'abandonner dans une matière qui chasse les mauvaises idées. Mais il n'avait fait qu'empirer les choses. Alors maintenant, il se devait de rattraper ses bêtises. Quitte à se montrer trop prévoyant, trop sympathique. De toutes manières, le jeune libraire n'était pas quelqu'un de mauvais. Bon... il n'était pas un ange non plus. Mais baste, il fallait que la jeune fille recouvre tout ses esprits. Il y veillerait, même si cela prendrait plus de temps que prévu.

" Je pense que vous devriez rentrer chez vous. Bien entendu je m'en veux de ne pas pouvoir répondre à vos interrogations. Pensez bien que si je savais quelque chose je... seulement je ne connais rien de ces rumeurs "

* Et j'en ai aussi peur que vous, de toute manières ! *

Hawke s'adossa contre le mur. La rue était glacée. Le brouillard s'intensifiait de plus en plus et bientôt, Hawke eut du mal à voir plus loin que le bout de son nez. C'était bien sa veine ça... Marcher la nuit était une chose. Mais les banlieues étaient tellement sinueuses que dans un brouillard pareil, la chance de retrouver son logis était quasiment nulle. Et puis ça ne rassurait personne. Surtout pas la jeune fille, le libraire en était sûr. Il tenta de recouvrer son courage, les quelques miettes de positif qui trainait encore dans sa tête à une heure aussi sombre. Qu'à cela ne tienne. Il raccompagnerait la jeune fille, quitte à se jeter dans la gueule du loup, quitte à se faire dépecer par quelques brigands de passage. Ou pire encore...
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Selena Tleïkva
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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Dim 7 Déc - 1:39



Une pression sur ma chemise. Je sens une pression s’exercer sur ma chemise. Après réflexion, peut être n’est-elle pas là pour m’entraver mais juste pour me permettre de rester debout . Ce n’est pas une étreinte très forte, mais plutôt douce. Et pendant une infime seconde, je suis tentée d’en connaître l’origine. Mais avant même que je n’arrive à me retourner, je me rends compte qu’elle a disparu. Ou du moins, que je ne la sens plus. Tout ce que je sens, c’est ce froid sur ma peau. J’entends aussi. Le bruit d’une porte qui se ferme juste derrière mon dos, des sifflements aigres pas très loin puis , le silence. Un silence comblé par le claquement de mes chaussures contre les pavés.
...
D’ailleurs, que viennent faire mes chaussures dans cette histoire ? Ne suis-je pas censée être immobile ? Ne suis-je pas..
Aussitôt, mes yeux s’entrouvrent sous le coup de la stupeur.
Je viens de comprendre que je marche, à l'instant. Je viens de comprendre que je suis en train d’avancer je-ne-sais-où vers les limbes de cette ruelle ; alors que ce fantôme, ce monstre, est à proximité, épiant le moindre de mes mouvements. Et cette constatation me coupe le souffle.. Ma perception des choses ,elle, se transforme. J’ai envie de vomir. Parce que tout ce qui m’entoure, le sol , le ciel, les murs, tout s’est mis à tourné avec une rapidité telle que j’en viens à vaciller. Pourtant, je ne m’arrête pas pour autant. Je sens que ne plus marcher, ce serait donner raison à ce vortex qui attend de m’engloutir.
Morte de peur, l’oreille tendue, j’entends soudain des pas autour de moi. D’autres pas, différents des miens.
Ils ne sont pas loin, et ça , ça plus qu’autre chose, me fait brutalement revenir à la réalité.
Bon sang Selena ! A quoi pensais-tu ?! Et le fait que tu t’approches un peu plus de ton cauchemar, ce n’est pas important ça ?
Au bord de la crise d’une hystérie qui se mute en désespoir, je ne fais plus un seul mouvement, avance encore moins. Les lèvres entrouvertes, je respire le plus lentement possible un air qui me gèle la gorge. Parce que j’ai peur et que je suis perdue. Dans une telle situation, je suis perdue. Perdue.
Comment pourrais-je me défendre si je n’arrive même plus à entrevoir ce qui m’entoure, ce qui me menace ? Et lui , évidemment , il m’a retrouvée. N’est-ce pas ? Il marche juste derrière, à côté, devant moi. Il m’a retrouvée..
Bien sûr, j’avais une violente envie d’affronter mes peurs. Bien sûr, je souhaitais lui faire affront. Mais pas dans une telle situation. Non.je ne veux pas, pas maintenant…je vous en prie, enlever ces vertiges de ma tête..

Trop faible, je gémis avant de me laisser tomber en arrière. Condamnée pour condamnée, je guette le bruit de chute, celui qui me prouvera avec un peu d’espoir que les étoiles sont bien au dessus de moi. Car, tout est préférable à ce qui m’attend si je reste consciente. Mais, au lieu de tomber à terre, je me cogne le dos. Et une douleur lancinante vient se loger dans ma colonne vertébrale. Les yeux emplis de larmes, j’ai à peine la force de tenir debout contre la pierre dure. Et d’ailleurs, je glisse lentement quelques secondes après, mes genoux se pliant à mesure que mon buste perd de la hauteur. Je suis au bord du gouffre, le précipice est là..et je tombe, je glisse..je suis aspirée.

Presque à bout de force, tremblante des pieds à la tête, je sursaute soudain. Quelque chose me touche : des mains. Des mains se posent sur mes épaules, forcent tout mon corps à me redresser. Je sens leurs doigts qui s’agrippent, et si je n’étais pas aussi désespérée, je serais déjà en train de hurler. Mais je n’ai plus la force d’émettre le moindre son et c’est avec une peur bleu que je suis tirée vers le haut. On me relève, on me touche , il me touche.
Dans ma poitrine, je sens mon cœur dépasser outre les frontières de mon corps ; et le bruit de ses pulsations me donne à nouveau la nausée. Je sais bien que je mérite ce qui m’arrive, après avoir voulu tenter l’imaginable..surtout dans l’état où je suis. Mais , malgré ma folie, malgré mon inconscience, j’en suis encore à fermer les yeux , glacée par cette présence qui enserre ma peau.
Parce que, quoique je puisse avoir fait auparavant, à ce moment précis, je voudrais tant qu’il me lâche. Je ne veux pas..ni voir sa tête, ni son corps, ni la moindre partie de son être.
Je ne veux pas mourir..
Pourtant..il est là , il s’agrippe à ma pauvre carcasse, veut me tuer..me tuer.

" Les réponses ne sont pas bonnes à être cherchées la nuit. "

Infime choc. Cette voix..serait-ce ? Ce qui s’encombrait dans ma gorge coule lentement, se délie avec une certaine difficulté. Quant à mon corps, je le sens qui se réchauffe, malgré le froid de la ruelle. Avec une certaine appréhension, j’ouvre les yeux et… vois le libraire me regarder, le visage livide.
Le libraire..c’était le libraire. Oh merci mon dieu. Le soulagement m’envahit, efface un peu de ma douleur physique. Ce n’était pas lui..pas lui..il n’est pas là.
Sûrement grâce à cet homme..Hawkins.
Je ne sais quelle fut sa réaction devant mon comportement, mais il n’empêche que ses mains, sur mes épaules, c’est tout ce que je demande. Tant qu’il est là,tout va bien. Tant qu’il est là, l’autre ne pourra rien me faire. C’est du moins ce qui semble se passer.
Pourtant, à défaut de voir enfin, j’éprouve une apparente gêne à le regarder jusqu’au bout. Et cette constatation emplie ma bouche d'un goût amer , me fait plisser le nez. Je tique, inspire profondément, évite son regard.

« - Je suis désolée »

J’ai tellement honte. Envers mon comportement, envers ses efforts. Pourquoi ? Pourquoi est-il encore auprès de moi ? C’est amplement suffisant, je n’en mérite pas tant. Il devrait partir. Il devrait, oui, mais j’aurais trop peur qu’il le fasse.
Subitement, il me lâche.

" Je pense que vous devriez rentrer chez vous. Bien entendu je m'en veux de ne pas pouvoir répondre à vos interrogations. Pensez bien que si je savais quelque chose je... seulement je ne connais rien de ces rumeurs "

Je sursaute, stupéfaite. Sa phrase me frappe de plein fouet à la manière d’un coup de poing. Hébétée, le respiration sifflante, je serre de mes mains l’étoffe de ma jupe au moment même où il s’adosse à mes côtés. Rentrer..chez moi ? Plus consciente que jamais de l’endroit où je me trouve, je constate avec angoisse qu’un brouillard dense flotte dans l’air . Ma tête me lance avec plus d’intensité, de nouveaux vertiges me brutalisent et soudain, seule dans le nuage grisâtre, je sens la panique m’envahir.
Rentre chez moi..mais comment ? Seule ? A l’intérieure de ce piège.. seule ? L'une de mes mains tremblante vient se poser contre le mur. Fébrile, elle se tend inexorablement dans tous les sens avant d’agripper la chemise du libraire avec faiblesse. J’ai beau essayer de ma calmer, j’ai l’impression qu’on pose sur mes yeux un voile. Ce dernier obstruant mes sens, mes pensées, ma logique..Je ne peux pas , je ne peux vraiment pas..

« - Ne me laissez pas »

Ma voix tremble autant que mon bras. Je ne vois rien, et sentir sous ma main sa chemise me rattache à un brin de lucidité qui risque à tout instant de s’évaporer dans le brouillard. Sous le silence qui se fait toujours plus pesant, je serre le pan de son vêtement de plus belle et répète cette phrase , inlassablement, comme une litanie.
Non.. Ne me laissez pas. C’est impossible. Je ne pourrais pas. Je n’en aurais pas la force..
..pitié..ne me laissez pas.

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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Mer 31 Déc - 15:42

Hawke ne savait toujours pas dire qu'elle heure il était. Mais ce qui était certain, était que l'heure en question dans laquelle il était plongé, lui et la jeune fille, n'était pas apte à mettre le nez dehors. Le jeune libraire ne s'en inquiétait pas... Ou tâchait de ne pas s'en inquiéter, c'était à voir. En tout cas, vu la situation dans laquelle la demoiselle se trouvait, mieux valait ne pas paniquer devant elle. Mais Hawke était une sorte d'éponge absorbant, sans le vouloir, les sentiments des autres, leurs émotions. Aussi, bien qu'il ne craignait ni le froid ni les rumeurs, le jeune Mazbath sentit l'appréhension grandir en lui alors qu'il soutenait la jeune fille, aussi tremblante qu'une feuille dans le courant du vent. L'état de celle-ci semblait aller de mal en pis. Et Hawke, en bon samaritain qu'il était, se voulait de plus en plus coupable. Plein de remords, et sentant la fatigue revenir au grand galop, Hawke se devait de faire un choix, et vite. Rentrer chez lui en courant et abandonner la jeune fille à ses propres moyens ? Ou l'aider à rentrer saine et sauve malgré le temps et les craintes ?

Il fallait bien avouer que le libraire n'était pas courageux le moins du monde. Pourtant, il sentait au fond de lui que quelque chose devait être réparé. Et cette chose était sa naïveté. Soucieux de remonter le moralomètre de la demoiselle, Hawke lui avait tendu sa choppe d'alcool. La boisson l'avait mis d'aplomb pour affronter l'insomnie. Seulement voila, l'effet fut loin d'être le même chez la jeune fille et Hawke en était le premier désolé. Il restait planté là, devant la Taverne. Et espérait que personne ne viendrait le croiser à ce moment. Non pas que sa réputation était glorieuse, mais Hawke était droit et sérieux... Et puis sa libraire était connue. Il n'osait imaginer la tête d'un de ses clients si un de ceux-ci le voyait, une jeune fille à moitié inconsciente accrochée à sa chemise. La situation était à remettre à plat et de manière ferme. Mais Hawke n'était pas ferme... Déjà qu'il était affreusement gêné de la scène dont il était acteur malgré lui, alors imposer quoi que ce soit n'était pas de mise. Pourtant, le jeune Mazbath fit comme il put, soutenant la demoiselle, essayant vainement de la faire tenir sur ses pieds.

Elle se tint au mur de brique sans grand succès. Bon. Récapitulons. Hawke était sorti de chez lui par insomnie. Il avait trouvé une taverne, et fait la rencontre d'une demoiselle qui, sans même dévoiler son nom, avait paru à ses yeux digne d'être connue comme l'intelligence se lisait sur elle. Pas seulement l'intelligence d'ailleurs, mais la peur, l'effroi même, et le sentiment d'être suivie par quelque ombre immatérielle. Quelques choppes plus tard, et après avoir eut vent de sombres rumeurs, la jeune fille était sortie chercher des réponses à ses interrogations. Mais elle n'était pas en état de les trouver ces réponses, et Hawke la soutenait maintenant du mieux qu'il le pouvait. Autant physiquement que moralement, puisque le mieux, en fait, était de ne pas cesser de parler. Oui, c'était la clé : La parole. Les mots étaient son domaine, aussi libraire et érudit qu'il était. Pourtant il n'était pas habile, le dialogue n'était pas son fort parce que la timidité le rongeait dès que quelqu'un s'approchait de lui. Mais ce soir, il fallait en faire fi de ce malaise de proximité. Aussi, Hawke, gardant une main timide sur le bras de la demoiselle, au cas ou elle s'abandonnerait dans un vertige, continuait de parler d'une voix mal assurée.

" Je connais assez Nemausus pour vous raccompagner chez vous. Demain est un autre jour, si ça se trouve, dans le meilleur des cas, vous ne vous souviendrez jamais de cette scène, de moi et de cette Taverne. Puisse, d'ailleurs, que vous ne vous rappeliez de rien ! "

Sans parler des peurs, mais il était mal avisé de remettre ça sur le tapis, vu que le but de Hawke était à présent de rassurer la jeune fille. Il n'avait pas tout à fait tort : La jeune fille aurait peut-être un vide dans la mémoire par la suite. A son réveil, l'alcool pouvait avoir raison de ses souvenirs et la Taverne n'existerait plus dans son esprit. Hawke non plus. Mais il s'en moquait. Ses actes n'étaient pas fait pour être gravés dans les mémoires et ses paroles ne pesaient pas bien lourd comme souvent, il avait du mal à se croire lui-même... Mais il fallait essayer. Oui, il fallait tenter, et ne rien laisser tomber. La jeune fille tremblait violemment et se rattrapait à lui en s‘excusant. Hawke prit les mains de la jeune fille comme, peut-être un contact, n'importe lequel, pouvait lui faire recouvrer sa raison. Il les serra doucement dans les siennes, espérant transmettre un peu de courage qui lui restait. La jeune fille lâcha d'une voix faible une sorte d'appel, de conseil, de recommandation. En tout cas une phrase qui fit redoubler la clairvoyance de Hawke et qui chassa, pour un temps, la fatigue qui lui embrouillait le crâne. Ne me laissez-pas… Il croisa le regard de la demoiselle et se voulut aussi sûr qu'il le pouvait.

" Bien entendu que... non. Je ne vous laisserez que quand vous serez totalement sûre de vous et de ce qui vous entoure. Je m'en veux... J'ai l'impression d'être coupable alors... Prenez mon aide, aussi faible soit-elle, comme un pardon. "

Hawke ferma son bec. Ses paroles filaient plus vite que ses pensées, et le jeune libraire eut vite l'impression d'en dire un peu trop. Qui sait, dans son aspiration à vouloir rassurer la jeune fille, peut-être ne faisait-il, au contraire, que la rendre plus craintive encore ! Attiser ses peurs… Oh que non, il ne le voulait pas ! Mais il ne fallait pas lui en vouloir. Jamais n'avait-il eu à aider qui que ce soit dans sa misérable vie. Et jamais, auparavant, n'avait-il tendu sa choppe d'alcool à une jeune fille ! Le libraire déglutit, et regarda autour de lui. Bon. Parler, faire des promesses assurées c'était bien beau. Mais restait à présent de mettre ses paroles en application. Comme Hawke tenait toujours ses promesses, les choses allaient être difficiles, très certainement maintenant. Déjà fallait-il que la jeune fille accepte son aide. Et, dans ce cas, qu'elle se rappelle de où elle habitait... Le jeune garçon ne la voyait pas dormir dans le froid sur une paillasse. Mais après tout... Il ne connaissait rien d'elle. Même pas son nom, même pas sa profession si tant est qu'elle en possède une. La soirée serait longue, décidemment... Longue, mais espérons non-périlleuse.

[ C'est même pu' un retard, mais une abscence... Désolé, Désolé x) ]


Dernière édition par Hawke Mazbath le Mer 7 Jan - 15:47, édité 1 fois
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Selena Tleïkva
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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Dim 4 Jan - 20:31



" Je connais assez Nemausus pour vous raccompagner chez vous. Demain est un autre jour, si ça se trouve, dans le meilleur des cas, vous ne vous souviendrez jamais de cette scène, de moi et de cette Taverne. Puisse, d'ailleurs, que vous ne vous rappeliez de rien ! "

Un soupir de soulagement menace de sortir de ma gorge. A la place, j’hoche la tête de gauche à droite, dans un geste d’abnégation, trop vite tellement l’alcool m’emporte. Mais même si, mordant ma lèvre, je suis incapable d’agencer une seule phrase et , de ce fait, lui dire que je n’oublierais rien de ce moment , pour le moins peu agréable ; je suis formelle. Lui , cette taverne, sa générosité à mon égard, ce qu’il à fait pour moi , je m’en souviendrais.
Tandis qu’il semble réfléchir à toute vitesse , je le regarde , angoissée, les yeux rivés dans les siens ; bien que le brouillard ne me permet pas de voir grand-chose. Dans ce nuage à couper au couteau, j’ai comme l’impression d’être une vulgaire aveugle qui se raccroche ; et ce , au bras d’un homme qui n’a sûrement rien demandé de tel.

Pourtant il m’est impossible de le lâcher.
Les doigts crispés sur l’étoffe de sa chemise aussi glacée que ma peau ; je déglutis avec peine , tremblante, vulnérable face au monstre caché, cette ombre silencieuse qui n’attend que ma solitude pour m’engloutir.
Et , si ce bruit désagréable ne me malmenait pas de la sorte, peut être que j’aurais eu le courage de me tenir droite.. Comment ça quel bruit ? Mais ce bruit ! Cet effroyable son qui chuinte, pareil au froissement des ailes de corbeaux, pareil aux..aux mâchoires d’une bête cruelle qui s’entrechoquent lorsqu’il se lèche les babines, à la vue de ma silhouette frigorifiée. Vous ne l’entendez pas ? Non ? De..quoi ? Ce n’est que l’effet de l’alcool sur mon cerveau, je délire ? A d’autres ! Je sais ce que je dis, je sais ce que je fais ! La preuve, je tremble tellement à présent que mon corps n’a pour simple appuie que l’homme à mes côtés. Ce qui doit être assez gênant. Pendant quelques secondes, j’essaye de me redresser ,sans succès, inspire au plus profond, transcendant dans mon souffle un courage qui stagnait au niveau de mon cœur.

« - Ne me laissez pas » Enième fois que je le dis, et énième fois que ma voix déraille, chute, se brise.

Mais le jeune libraire a l’air d’avoir compris car il retire lentement ma main tenant son vêtement, vient y chercher l’autre immobile le long de mon corps, et y exerce dessus une infime pression. Geste compatissant pour me dire que je ne suis pas abandonnée, à l’instant, dans cette rue glacée. Ou alors peut être pour lui-même se redonner contenance, éviter de fuir en prenant les jambes à son cou et me laisser planter là. Ce qui d’ailleurs, serait la chose la plus raisonnable à faire.
Mais non , il reste à mes côtés. Et dans ce mouvement naturel, je sens tellement de gentillesse en déborder que mon cœur, quelque part au niveau de ma gorge à présent, cesse de battre pendant une infime seconde ; assez pour que je me remette à trembler de plus belle.

" Bien entendu que... non. Je ne vous laisserez que quand vous serez totalement sûre de vous et de ce qui vous entoure. Je m'en veux... J'ai l'impression d'être coupable alors... Prenez mon aide, aussi faible soit-elle, comme un pardon. "

Toujours incapable de me tenir correctement, mes mains protégées des siennes, je le fixe , mes yeux ronds comme des billes. Ma bouche s’ouvre, essaye de murmurer quelque chose, puis finalement se referme sans avoir rien prononcé. Parce que dans ma tête, les rouages ont arrêté de tourner dans le sens normal pour se mettre en mode « arrêt », et faire marche arrière. Parce que là, tout de suite, j’ai beau essayer de me rappeler la situation , la plus petite soit, qui prouverait le sens de ses paroles ; je dois dire que..je n’en trouve aucune. Lui, coupable, ça n’a vraiment.. aucun sens. Aucun.
Ce qu’il vient de me dire, comme s’il me faisait un aveu, ça n’a aucun sens. Qu’il se croit fautif face à ma pitoyable histoire de peur, de tremblote et de fragilité, ca n’a aucun sens.

Soyons raisonnable : en quoi offrir une choppe d’alcool pour remonter le moral à une jeune fille grotesque, est une bêtise ? En quoi payer à la place de cette même personne, lui évitant de ce fait, un travail forcé dans une taverne tout de boissons et d’hommes , l’est également ?
Je crois que, si je n’étais pas en proie à une telle dose de terreur, dans ce lieu austère, et si ce libraire bienveillant n’était pas le seul espoir pour que je reprenne progressivement les rennes de mon assurance –quoique « assurance » est un terme hyperbolique pour ma part; j’aurais déjà retiré mes mains des siennes, me serais redressée , avec dans mes yeux cette lueur colérique si mal interprétée, et l’aurais furieusement grondé pour profaner des mensonges aussi..invraisemblables ! Croyant avoir affaire à une personne compatissante, je constate qu’il ne peut être qu’extrêmement adorable ou alors fou..les deux, après réflexion, étant vaguement similaires. Et il ne devrait pas se comporter de cette manière, il ne le devrait vraiment –vraiment- pas. Mais il le fait , pourtant, et je n’ai pas la force de renoncer à sa présence, comme je n’ai pas réussi à la faire depuis toute cette soirée.

Presque abattue, j'arrache mon regard de ses deux prunelles partagées, pour tourner ma tête et regarder l’invisible qui se propage, avec insistance. J’essaye de me repérer au milieu de cet océan de fumée, de respirer calmement, de sonder les lieux ; mais le bruit vrillant à mes oreilles s’intensifie, toujours plus. Mon mal de crâne, lui, continue sa progression, acclamé par le bruit sourd logé au fond de mes tympans. Je ferme les yeux, les rouvre, et continue ce manège encore quelques secondes ; avec l’espoir flou de percevoir le moindre petit détail. Celui qui m’aiderait, me soutiendrait. Mais mon état annihile toute réflexion, toute logique de mon cerveau. J’ai beau essayer, je ne vois rien.

Finalement consternée, je regarde à nouveau le jeune libraire. Qui lui, n’a pas cessé de me fixer, attendant sûrement que j’acquiesce à sa phrase. En sa faveur, je le fais ; mais non pas comme il l’escomptait. Je n’accepte ni son pardon , ni sa culpabilité ; je le remercie de son aide, de sa réponse favorable à mes supplications engorgées d’angoisse. Je le remercie du fond du cœur, du fond de mes iris pâles, en silence..
Puis, quittant sa poigne encourageante, non sans un certain regret tant la présence me manque dans cet endroit sans vie, j’avance un peu, titubante. Le sang bat à mes tempes, mes pieds dérapent légèrement contre les pavés glissants, et j’essaye d’ignorer cette peur qui revient à la charge… Cette peur qui insiste. Et je sais que, quoi qu’il advienne de mon émotivité limitée, je ne dois pas céder aux tremblements qui s’agitent au fond de ma poitrine. Pas maintenant.
Reculant ma main, main cherchant cet appuie important, je suis soulagée de sentir l’épaule d’Hawkins derrière mon dos. Un sourire pâle , vague fantôme d’une réelle bienfaisance, s’étire sur mes lèvres. Je respire profondément, frémis, puis, inutilement, me racle la gorge.

« - ..allons-y, s'il vous plaît » laché-je , d’une vois défaillante.



(Je te laisse libre arbitre , fais comme tu le sens pour clore le topic. Et si ça te plairait bien que je me fasse bouffer, je suis d'accord xD)
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MessageSujet: Re: Insomnie Artistique... et Alcoolisée [ Libre ]   Sam 17 Jan - 17:28

Hawke crut un instant que la jeune fille n'accepterait pas. Qu'elle refuserait son aide dans un accès de peur extrême, livrée à des appréhensions grandissantes comme elle se trouvait dans un endroit étrange au milieu d'une ambiance lugubre et aux côtés d'un homme qu'elle ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam. Hawke non plus ne la connaissait pas. Il ne l'avait jamais rencontré, et pourtant il ne pouvait plus partir sans lui avoir apporté son aide. Frissonnante et apeurée de tout, cette jeune fille pouvait se trouver être une proie facile pour... pour qui d'ailleurs ? Pour cette ombre qu'elle disait sentir près d'elle ? Cette chose qui la poursuivait dans la rue ? Pour ces questions sans réponse qui étaient bien capable de lui faire perdre la tête ? Hors de question. Pas ce soir. Hawke était là. Bon... faible réconfort que sa présence ici. Mais tout de même. Au moins la jeune fille n'était pas seule. Et comme Hawke n'était pas taillé dans le roc histoire de rouler des mécaniques face aux hostilités, au moins était-il plus à l'aise sur le terrain de la conversation. Parler, oui, c'était la seule chose à faire. Le jeune libraire parlait doucement, calmement, espérant ainsi apaiser la jeune fille le plus possible. Il lui racontait des banalités, mais qu'importe.

Au moins ne se sentirait-elle pas seule. D'autant qu'elle ne semblait pas moins tremblante que quelques minutes auparavant. Elle s'appuie sur Hawke, puis relâche sa prise, regarde autour d'elle furtivement, lâche quelques mots brisés en croisant le regard du libraire. Rien de bien rassurant pour Hawke, dont la seule initiative à présent, était de s'assurer que la demoiselle rentre saine et sauve chez elle. Le fait qu'elle l'invite finalement à le suivre rassura le jeune homme sur bien des points. D'une part, cela prouvait qu'elle était toujours rattachée au réel, qu'elle savait où se trouvait sa maison ! D'autre, qu'elle accordait au moins une infime confiance à Hawke, ce qui lui fit plutôt chaud au cœur. Et puis elle acceptait d'être suivie, par peur évidemment. Par peur de la nuit, ou des ombres. Ou des deux à la fois. Hawke sourit le plus aimablement du monde et acquiesça doucement. Il ne savait trop que dire. Peut-être valait-il mieux ne rien dire justement. Il se campa sur ses jambes, prêt à la suivre. Puérilement, Hawke releva le menton d'un air faussement assurée... Pour se donner bonne conscience, ou pour se rassurer lui-même ! En tout cas sa fausse assurance prêtait à rire puisque Hawke était plutôt du genre à avoir aussi peur que son voisin.

En effet, il était le jouet des émotions d'autrui. Il avait toujours été comme ça. Gamin, encore, lorsqu'un de ses camarades se mettait à pleurer, alors il pleurait aussi, plus discrètement peut-être. Quand on lui racontait une blague, même s'il ne la comprenait pas, Hawke se mettait à rire. Peut-être que sa réputation de naïf innocent était partie de là... Ce soir, la jeune fille avait peur. Et Hawke, bien qu'un tantinet plus confiant, commençait à frissonner lui aussi, et pas vraiment à cause du froid. Le jeune libraire plongea ses mains au fond de ses poches mais resta près de la jeune fille, au cas où la peur la ferait chuter de nouveau. Un coup de vent glacial fit virevolter ses cheveux rebelles autour de son visage. Et ses yeux clairs, trop clairs, se posèrent sur la jeune fille d'un air rassuré et rassurant. Un fin sourire fendit son visage alors qu'il lâchait le plus banalement du monde.

- Vous avez raison. Mieux vaut ne pas prendre racine ici...

Il fit quelques pas dans la rue, puis jeta un regard par dessus son épaule pour inviter la jeune fille à passer devant. Il savait que rester derrière quelqu'un pouvait être une certaine forme de protection. A partir du fait qu'on le considère comme protecteur de quelqu'un ou quelque chose... Ce n'est certainement pas lui qui irait jusqu'à se coller cette étiquette sur son propre front ! Seulement Hawke espérait faire au mieux, et tacher au maximum de masquer ses appréhensions derrière un léger sourire, ses incertitudes de par ses yeux perçants, ou ses tremblements en enfonçant ses poings au fond de ses poches...

- Je vous suis.

Pas très rassurant comme phrase... Hawke aurait tout de même pu trouver mieux. Mais il n'était pas dans sa nature de trouver les mots justes aux moment appropriés. Et son embarras immédiatement ressenti lui fit tordre la bouche dans une moue mal assurée. Le jeune homme tourna la tête, gêné, et fit quelques timides pas sur le pavé en shootant dans un caillou imaginaire. Je vous suis... Une ombre aurait très bien pu dire ça. A force, la jeune fille allait croire que ses peurs se convergeaient vers lui et personne d'autre ! Maintes fois la demoiselle aurait pu s'en aller en courant, loin de lui. Mais elle ne l'avait pas fait. Et Hawke s'enlisait dans une collante et lourde impression qu'il ne déchiffrait pas. Il se laissait porter par les courants de la peur mais aussi d’un certain optimisme. Surtout pour ne pas sombrer aux côtés de la demoiselle dans une folie indésirable...

[ Zut, c'est + court que c'que j'pensais >_< Navré -___-" ]

[ Finish ! ]
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